Les femmes aux Jeux, une longue marche
Comme dans l’Antiquité, où les femmes avaient leurs Jeux réservés (les Jeux héréens, se développant à côté des Jeux olympiques), les contemporaines de Coubertin ont dû aussi créer en 1921 leurs propres manifestations des Jeux mondiaux féminins à Pershing ou des Jeux athlétiques féminins à Monte-Carlo. En eVet, le baron ne trouvait pas «recommandable» que des coureuses, nageuses, escrimeuses ou footballeuses participent à ses Jeux. En 1912, il ne tenait même pas à ce qu’elles créent leurs propres jeux, car «cette demi-Olympiade féminine» serait «impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte». De quoi faire sortir de leurs gonds des femmes que les terribles nécessités de la Grande Guerre avaient tellement impliquées dans la vie courante, dans les usines et dans les champs. N’en déplaise au baron qui les brimait, les femmes, avec Mme Alice Milliat et M. Payssé, vont créer à leur tour leurs propres fédérations nationales à partir de 1917-1919, et internationale en 1921. Soutenues par des journalistes, des écrivains «progressistes» et des mécènes, ces joutes se développent aussi bien à Paris (stades Pershing et Élisabeth) qu’à Monte-Carlo (stade du Tir aux pigeons). Elles seront vite assorties de titres et de records, et de l’athlétisme on enchaînera avec le basket ou la natation… Italiennes, Suisses, Britanniques, Tchèques et même Américaines viennent ainsi en découdre avec les Françaises à Monte-Carlo en 1921 et 1922, puis les Jeux mondiaux féminins se poseront à Göteborg en 1926, à Prague en 1930, enfin à Londres en 1934.
Il faudra cette pression pour que les femmes, absentes des Jeux d’Athènes en 1896, présentes avec seulement dix-neuf ambassadrices (tennis, golf) aux Jeux de Paris en 1900, forcent la porte des Jeux en 1924 (escrime) et en 1928 (athlétisme). Mais à Los Angeles, en 1932, et à Berlin en 1936, grâce aux prouesses des coureuses et des lanceuses américaines ou allemandes, la brèche va s’élargir. La disparition du baron, la Seconde Guerre mondiale, et surtout les Jeux de Londres en 1948, où la Hollandaise volante Fanny Blankers-Koen (100m, 200m, 4x100m) et la Française Micheline Ostermeyer (poids, disque, hauteur) signent des exploits n’excluant ni le charme ni la féminité, vont permettre à la manifestation d’acquérir enfin cette dimension féminine si essentielle. À Londres, elles sont ainsi 385 quarante ans plus tôt, en 1908, elles n’étaient que 36. Au fil des Jeux et des exploits des athlètes Dana Zatopkova, Wilma Rudolph, Ulricke Meyfarth, Heike Dreschler, des nageuses Dawn Fraser ou Shane Gould, des gymnastes Larissa Latynina ou Nadia Comaneci, sans parler des patineuses ou des skieuses , le sport féminin se crédibilise, s’ouvrant progressivement à toutes les spécialités (marathon en 1984, triple saut en 1996, marteau et perche en 2000) ou disciplines (basket en 1976, cyclisme en 1984, judo en 1992, épée et football en 1996, voire haltérophilie en 2000). Un élargissement dans lequel pèseront des personnalités françaises aussi passionnées que Marie-Thérèse Eyquem, Monique Berlioux, Françoise Giroud, Edwige Avice ou Marie-George BuVet, même si, par ailleurs, il sera toujours ponctué d’exploits moteurs, de duels sublimes et de figures charismatiques. En 1984, à Los Angeles, la victoire de la Marocaine Nawal El Moutawakil sur 400m haies aura ainsi un retentissement considérable, qui permettra les succès de l’Algérienne Hassiba Boulmerka sur 1500 m en 1992, ou de l’heptathlète syrienne Ghada Shouaa en 1996. Et comment oublier, de notre côté, la sublime Marie-José Pérec (1992-1996), l’épéiste Laura Flessel (1996), les judokates Catherine Fleury, Cécile Nowak (1992) et Marie-Claire Restoux (1996), ou les cyclistes Jeannie Longo et Félicia Ballenger (1996-2000)? Des barrières qui reculent tant et si bien que les derniers Jeux, à Sydney, ont vu la participation de 6582 hommes et de 4069 femmes.