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La France et l'Olympisme

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Les Jeux des Années Folles : Chamonix et Paris, 1924

L’attribution des Jeux olympiques à la ville de Paris pour la deuxième fois en moins de trente ans répond à un souhait exprimé par Coubertin en personne. Le président du Cio avait en effet recommandé, en mars 1921, la candidature parisienne pour 1924 et celle d’Amsterdam pour 1928. Le voeu présidentiel est toutefois exaucé non sans mal, car Paris n’est pas la seule ville en lice. Le Comité national olympique italien (Coni) propose en effet la candidature de Rome. Le 2 juin 1921, le Cio réuni à Lausanne prend sa décision : après trois tours de scrutin, Paris obtient quatorze voix, quatre contre et une abstention. Furieux du résultat, le président du Coni, Carlo Montù, quitte la Suisse avec la délégation italienne. En même temps que les Jeux de Paris, le marquis de Polignac,membre français du Cio, obtient pour son pays l’organisation de Jeux hivernaux, qui, pour ne pas froisser les pays scandinaves, prennent le nom de Semaine des sports d’hiver.

Le sport, nouvelle « passion française »

Les Jeux reviennent donc en France mais dans un contexte très différent de celui de la Belle Époque.Depuis l’immédiat avant-guerre, les exercices corporels sont devenus une pratique de masse : en regroupant les effectifs respectifs de l’Usgf, de l’Union des sociétés de gymnastique, de la Fgspf, de la Fédération gymnastique et sportive des Patronages de France et enfin les membres de l’Usfsa, la fédération multisport fondée par Pierre de Coubertin et Georges de Saint-Clair, on peut en effet considérer qu’environ huit cent mille Français s’adonnent aux joies du sport et de l’éducation physique depuis 1914. Le sport est aussi spectacle.Depuis 1903, les campagnes françaises sont traversées par une « tradition sportive inventée » et qui a assuré la pérennité du quotidien sportif L’Auto : le Tour de France. La « petite reine » symbolise bien l’essor du sport comme pratique populaire et spectacle de masse.

Si la guerre interrompt un temps cet envol athlétique et fauche les héros français tel l’athlète Jean Bouin, elle joue cependant un rôle important dans la diffusion et la popularisation du sport. Comme dans le reste de l’Europe, les dirigeants des principales fédérations sportives ainsi que les ténors de la presse sportive s’emparent du thème de l’union sacrée pour prouver les bienfaits des exercices athlétiques et s’attirer les faveurs des pouvoirs publics. Pendant toute la durée du conflit,Henri Desgrange, le patron de L’Auto et du Tour, apporte sa contribution à la propagande de guerre par le chauvinisme exacerbé de ses éditoriaux. Dans un style plus sobre, La Vie au grand air, l’hebdomadaire des sportsmen, évoque, le 15 décembre 1917, la «mobilisation des armées sportives de France, d’Angleterre et d’Allemagne en 1914 ».

Il semble acquis que le front et l’armée aient permis l’acculturation sportive des masses rurales et populaires enrôlées sous les drapeaux et pour lesquelles le sport apparaissait encore comme un privilège réservé aux bourgeois. Quant à l’après-guerre, il est marqué par la volonté d’oublier la violence inouïe des tranchées et les 1,3 million de Français tombés au champ d’honneur. Le sport fait partie des divertissements des Années folles : photogénique, valorisant et dévoilant le corps, il s’intègre parfaitement dans la nouvelle culture de masse du début des années 1920. Le match de boxe Dempsey-Carpentier, disputé en Amérique en 1921, est suivi avec passion et en direct par les foules sportives de chaque côté de l’Atlantique. L’essor du sportspectacle est aussi synonyme de « racolage » et d’« amateurisme marron », ressorts financiers illicites au regard des règlements sportifs, utilisés pour attirer les joueurs et athlètes les plus performants. L’idéal olympique est ainsi battu en brèche par des champions qui entrevoient dans le sport des carrières lucratives. Les femmes frappent aussi à la porte : l’émancipation féminine en marche depuis le début du siècle s’exprime également dans le sport ; ce phénomène est illustré par Suzanne Lenglen, la « divine », ou encore par les footballeuses françaises et anglaises.Toutefois, comme dans le cas du professionnalisme rampant, le Cio demeure « ferme » face à ce qu’il considère comme des « abus et excès » féministes : la porte leur reste entrouverte, limitée à certaines disciplines (la natation, le patinage…).

Le sport, enjeu des relations internationales

Alors que les milieux sportifs ont espéré de leur participation sans retenue à l’effort de guerre une reconnaissance officielle qui se traduirait par l’instauration d’une politique sportive financée par l’État, le sport devient un instrument de propagande extérieure. Dès le 22 janvier 1917, le secrétaire général du Comité français interfédéral du football français,Henri Delaunay, propose au ministère des Affaires étrangères une tournée à l’étranger de l’équipe de France, afin de signaler « aux pays neutres la vitalité de la race française ». Il s’agit de montrer à travers des manifestations sportives que, malgré la terrible hécatombe subie notamment à Verdun, les forces vives du pays ne sont pas épuisées. Si le Quai d’Orsay décline l’offre, deux ans plus tard sont organisés les Jeux interalliés, célébration de l’alliance franco-américaine et manifestation destinée à occuper les soldats encore mobilisés. Initiative de l’état-major américain et cofinancée par la Young Men’s Christian Association (Ymca), la principale organisation protestante de jeunesse outre-Atlantique, cette « olympiade militaire » consacre la nouvelle place acquisepar le sport dans les relations internationales. Ce caractère politique du sport est confirmé par la vii. Olympiade d’Anvers, « ville martyre » : 29 pays et 2 606 athlètes y participent, à l’exception des sportifs allemands, exclus en raison de la violation en 1914 de la neutralité belge par les troupes de Guillaume ii et d’une occupation militaire de quatre ans.Mais, un an après l’occupation de la Ruhr par les troupes franco-belges, les athlètes allemands seront à nouveau privés des Jeux d’hiver et d’été, alors que les héritiers de l’autre empire central,Autrichiens et Hongrois, sont invités. Leurs pays sont entrés à la Sdn en avril 1923, mais l’Allemagne n’en fait pas encore partie.

C’est donc dans un contexte de développement du sport, où se mêlent démocratisation et politisation, mercantilisme et médiatisation, que doivent se tenir la Semaine des sports d’hiver de Chamonix et les Jeux de Paris.

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