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France Olympisme

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 L'alliance olympique

Servir sa patrie, rechercher la beauté du corps, fabriquer de la joie de vivre, forger des caractères, voilà l’héritage de la Grèce olympique selon ce jeune baron français qui travaillait depuis 1892 à l’invention d’épreuves sportives internationales, modernes et pacificatrices. Lors du banquet de clôture du Congrès international de Paris pour le rétablissement des Jeux olympiques, le samedi 23 juin 1894, c’est dans une improvisation émue que le délégué grec Démétrios Bikélas avait répondu au toast de Pierre de Coubertin en évoquant ces « liens qui unissent le monde entier à [sa] patrie », ne voyant d’ailleurs point d’étrangers autour de lui, mais seulement « des petits-fils des anciens Hellènes, des cousins réunis par le souvenir et au nom de l’aïeule commune ».

Quelques heures plus tôt, sous les applaudissements des congressistes réunis en Sorbonne, le jeune sportsman épris d’humanités grecques et le poète francophile n’avaient-ils pas scellé un accord sportif et culturel historique par lequel les deux premiers Jeux olympiques rénovés se dérouleraient à Athènes en 1896, puis à Paris en 1900 ? Portés par l’«Hymne à Apollon des athlètes delphiques » (ressuscité par l'historien Théodore Reinach, mis en musique par Gabriel Fauré L’alliance olympique et récité par Jeanne Remacle), les représentants du sport international avaient assurément communié dans cette atmosphère philhellène qui, depuis l’indépendance grecque de 1822, unissait tous les Européens, qu’ils soient classiques ou romantiques, monarchistes ou libéraux.

[«Pour le rétablissement des Jeux olympiques »]

La cause grecque avait en particulier rencontré dans la contribution culturelle française au philhellénisme européen un allié de premier plan.Que l’on songe seulement aux oeuvres de Delacroix (Scènes des massacres de Scio et La Grèce expirant à Missolonghi), à l’expédition scientifique de Morée de 1829, aux Poèmes antiques de Leconte de Lisle (1852), à l’Association pour l’encouragement des études grecques en France (1867), aux fouilles archéologiques menées par l’École française d’Athènes (1846) à Délos puis à Delphes, ou bien encore à l’invention d’un prix pour le vainqueur de la course de Marathon par le linguiste et philologue Michel Bréal (1894).

Une décennie plus tard, au moment où la Grèce organisait en 1906 des Jeux dits intermédiaires, Pierre de Coubertin se risquait à transformer l’idée olympique en « olympisme », triplement défini comme un pacifisme, une esthétique et une eurythmie. Dès lors, il n’eut de cesse d’encourager ses compatriotes et ses contemporains à tenir « la balance à trois plateaux de l’hellénisme», c’est-à-dire à établir l’équilibre entre la morale, la cité et l’individu, autrement dit « entre l’intime et mystérieux effort de la conscience, l’impérieux devoir civique, et la féconde liberté de l’instinct individualiste ».

Ainsi, alors que les Jeux modernes retrouvent en cette année 2004 la terre hellène, la France ne pouvait manquer de rendre hommage à la Grèce éternelle, à son alliée olympique.

Patrick Clastres

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