
La vie dans les plis La guerre venait de finir et je cessais de me remparer, quand la peur qui nattend quun soulagement pour paraître, la peur entra en moi en tempête et dès lors ma guerre commença. (La Vie dans les plis)Voici un sommet de luvre : La Vie dans les plis. Ce livre recueille la majeure partie des textes parus depuis 1945. Tous les registres précédents, déjà familiers au lecteur de Michaux, y figurent dans leur diversité. Mais cest avec un degré dintensité qui peut-être na jamais été atteint jusque-là. Lhumour noir - momentanément exclus par les écrits de la guerre -, réapparaît en force dans Liberté daction. Ce petit livre, publié séparément en 1945, marque en quelque sorte la fin de «la vie entre lécorce et larbre», le retour au principe de jubilation. On y renoue avec lesprit denfance, avec sa puissance transgressive et son «habitude libératrice». On y fourbit les armes dune «vie plastique» : mitrailleuse à gifles, fronde à hommes, broche, faux à foule, plâtre, homme bombe. Liberté daction ? Oui, celle, retrouvée, dun Michaux plus que jamais réfractaire à lentourage, déployant à nouveau, contre les larves et les monstres de la mélancolie, les forces vives, cathartiques, du rire et de lenfance insoumise. Dès le premier texte, «La Séance de sac», lécriture passe à loffensive, reprenant à son point de départ la fable personnelle : «Cela commença quand jétais enfant. Il y avait un grand adulte encombrant / Comment me venger de lui ? Je le mis dans un sac. Là je pouvais le battre à mon aise.» Nouveau commencement, en effet, que cette intervention, cet acte poétique où un «je», confronté aux «empêcheurs de vivre», invente des mécanismes imaginaires délimination afin de se rétablir dans son domaine et dans ses prérogatives. Il y a aussi «La Cave aux saucissons» : «Jadore malaxer. / Je tempoigne un maréchal et te le triture si bien quil y perd la moitié de ses sens...» Tout le monde comprend, en 1945, ce que représente ce «maréchal». La guerre se confond maintenant avec lun des multiples épisodes de lépopée du sujet. Lhorizon de lHistoire semble sêtre éloigné. Mais que cette guerre nouvelle soit en relation étroite avec la précédente, il ne faut pas en douter. La guerre, cest désormais le saucissonneur, ou «lhomme- bombe» ou encore le philosophe par le meurtre, qui en prend linitiative. Son champ de bataille délection est tout proche : cest la vie de famille, ou bien la vie des villes. Cest aussi le corps et ses ravages intérieurs. À peine le poète a-t-il commencé à sécarter des «sources glauques», que l«usine» des supplices corporels réenclenche ses engrenages infernaux, ses disques à labourer le crâne et ses meules de chair, ses jeux cruels du «Je-tu», du «Tu-moi» et du «Je-moi». Une autre section de La Vie dans les plis, «Apparitions», nous raconte ces malheurs nouveaux, nouveaux prétextes à exorcisme, annoncés au début de chaque texte : «En ce temps-là, la peur que je ne connaissais plus depuis dix ans, la peur à nouveau me commanda. / Là, je subis lassaut du sabre ondulant. / Il y a des époques où je ne peux me mettre au lit sans être opéré. / Jai été transporté sans transition à latelier de démolition. / Jétais dans les soubresauts dune résistance profonde. / Je fus mis à convoyer une troupe considérable. / En cette année malheureuse, je perdis mes mains.» Cest un «trépané» dont La Vie dans les plis nous brosse le portrait, un rescapé à qui la guerre a fait subir un «dérèglement définitif». Dans «Portrait des Meidosems» (accompagnant primitivement douze lithographies de lauteur), on retrouve, intensifié, épuré par labstraction, le mouvement qui cherchait à faire correspondre un innommable de limaginaire tératologique à une forme textuelle inédite. Tout y est comme stylisé : Plume, la barbarie contemporaine, létrangeté maximale, la colonne absente. Dans «Vieillesse de Pollagoras», enfin, se lit en filigrane une catastrophe personnelle, lévénement dune souffrance datée : «Le démantèlement commença avec la mort de quelquun avec qui je vivais.» | ||||
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