
Passant aux yeux naïfs Un passant aux yeux naïfs peut parfois mettre le doigt sur le centre. (Un barbare en Asie)Rien de limagination volontaire des professionnels. Ni thèmes, ni développements, ni construction, ni méthode. Au contraire la seule imagination de limpuissance à se conformer. (Postface de «Mes propriétés») Trois ans plus tard, dans Un barbare en Asie, comme dans Ecuador, ce nest pas la fascination qui prédomine. Et cette fois, plus question de journal. Si la chronique du barbare suit les pays traversés, elle met le plus souvent entre parenthèses le trajet ou lanecdote, et tend à lessai sur le vif. Le voyageur livre ses impressions brutes et spontanées. Il suit «lhomme de la rue». Selon lui, «un passant aux yeux naïfs peut parfois mettre le doigt sur le centre». Ce «réel entre deux imaginaires» prélude aux explorations dun ailleurs imaginaire : «Peut-être au fond de moi les observais-je comme des voyages imaginaires qui se seraient réalisés sans moi, uvre dautres. Pays quun autre aurait inventés. Jen avais la surprise, lémotion, lagacement.» Lagacement, on le sent partout dans ce livre, mais aussi une drôlerie décapante: «Sil y a un être saint pour les Hindous, cest leur mère. Quel est lignoble individu qui oserait en dire un mot ? Jai bien envie dêtre cet ignoble individu.» Pourtant, la découverte de lAsie fut pour Michaux une révélation. Celle de lInde, surtout, «enfin un peuple qui mérite dêtre distingué des autres». Celle de la littérature bengali, où le voyageur croit découvrir «quelque chose de vrai, de tout à fait vrai, et qui nest ni la sainteté ni la vérité, mais la vie intérieure». À partir de ce voyage, la mystique orientale est pour lui une référence constante: il lira sans discontinuer Milarepa, Lao-Tseu, le tao.
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