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Henri Michaux / L'Aventure d'être en vie
 

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Passant aux yeux naïfs

Un passant aux yeux naïfs peut parfois mettre le doigt sur le centre. (Un barbare en Asie)

Rien de l’imagination volontaire des professionnels. Ni thèmes, ni développements, ni construction, ni méthode. Au contraire la seule imagination de l’impuissance à se conformer. (Postface de «Mes propriétés»)

Trois ans plus tard, dans Un barbare en Asie, comme dans Ecuador, ce n’est pas la fascination qui prédomine. Et cette fois, plus question de journal. Si la chronique du barbare suit les pays traversés, elle met le plus souvent entre parenthèses le trajet ou l’anecdote, et tend à l’essai sur le vif. Le voyageur livre ses impressions brutes et spontanées. Il suit «l’homme de la rue». Selon lui, «un passant aux yeux naïfs peut parfois mettre le doigt sur le centre». Ce «réel entre deux imaginaires» prélude aux explorations d’un ailleurs imaginaire : «Peut-être au fond de moi les observais-je comme des voyages imaginaires qui se seraient réalisés sans moi, œuvre d’‹autres›. Pays qu’un autre aurait inventés. J’en avais la surprise, l’émotion, l’agacement.»

L’agacement, on le sent partout dans ce livre, mais aussi une drôlerie décapante: «S’il y a un être saint pour les Hindous, c’est leur mère. Quel est l’ignoble individu qui oserait en dire un mot ? J’ai bien envie d’être cet ignoble individu.» Pourtant, la découverte de l’Asie fut pour Michaux une révélation. Celle de l’Inde, surtout, «enfin un peuple qui mérite d’être distingué des autres». Celle de la littérature bengali, où le voyageur croit découvrir «quelque chose de vrai, de tout à fait vrai, et qui n’est ni la sainteté ni la vérité, mais la vie intérieure». À partir de ce voyage, la mystique orientale est pour lui une référence constante: il lira sans discontinuer Milarepa, Lao-Tseu, le tao.