
On nest pas seul dans sa peau Je suis habité; je parle à qui-je-fus et qui-je-fus me parlent. Parfois, jéprouve une gêne comme si jétais étranger. Ils font à présent toute une société et il vient de marriver que je ne mentends plus moi-même. (Qui je fus)Cest à la NRF que paraît le premier recueil à imposer avec force une manière originale, dans toute sa diversité: Qui je fus (1927). Qui je fus : le je est toujours derrière soi, déjà passé, il se déplie et se décentre, se réinvente dans chaque fragment. Ce livre (jamais réédité du vivant de Michaux) témoigne à la fois dun esprit dindépendance et dune affinité profonde avec les expérimentations contemporaines, dadaïstes ou surréalistes, dont Michaux, tout en évitant le dogme naissant, retient lessentiel. Lart poétique, dans Qui je fus, est dabord un art polémique, méfiant ou ironique à légard du poème: concassage des mots, incongruité des images, parodie de la parole prophétique. Cest aussi un art hétéroclite, jouant de tous les genres : fragments autobiographiques, aphorismes, rêves éveillés, jeux de langage néologiques, se mêlent à des sortes de nouvelles ou de récits avortés («Villes mouvantes», «Fils de morne»), traces dun roman entrepris et défait. À cette époque, Michaux pense encore écrire dans le «style roman». Il refuse nettement la pose du poète. Ce à quoi il vise tout particulièrement, il le proclame dans sa correspondance de lépoque, cest à désarmer le lecteur.
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