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Henri Michaux / L'Aventure d'être en vie
 

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On n’est pas seul dans sa peau

Je suis habité; je parle à qui-je-fus et qui-je-fus me parlent. Parfois, j’éprouve une gêne comme si j’étais étranger. Ils font à présent toute une société et il vient de m’arriver que je ne m’entends plus moi-même. (Qui je fus)

C’est à la NRF que paraît le premier recueil à imposer avec force une manière originale, dans toute sa diversité: Qui je fus (1927). Qui je fus : le je est toujours derrière soi, déjà passé, il se déplie et se décentre, se réinvente dans chaque fragment. Ce livre (jamais réédité du vivant de Michaux) témoigne à la fois d’un esprit d’indépendance et d’une affinité profonde avec les expérimentations contemporaines, dadaïstes ou surréalistes, dont Michaux, tout en évitant le dogme naissant, retient l’essentiel.

L’art poétique, dans Qui je fus, est d’abord un art polémique, méfiant ou ironique à l’égard du poème: concassage des mots, incongruité des images, parodie de la parole prophétique. C’est aussi un art hétéroclite, jouant de tous les genres : fragments autobiographiques, aphorismes, rêves éveillés, jeux de langage néologiques, se mêlent à des sortes de nouvelles ou de récits avortés («Villes mouvantes», «Fils de morne»), traces d’un roman entrepris et défait. À cette époque, Michaux pense encore écrire dans le «style roman». Il refuse nettement la pose du poète. Ce à quoi il vise tout particulièrement, il le proclame dans sa correspondance de l’époque, c’est à désarmer le lecteur.