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Henri Michaux / L'Aventure d'être en vie
 

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Belge à Paris

Combien de jeunes, incertains d’eux-mêmes, venus d’une province où la poésie était considérée comme un mauvais alibi, une lâcheté, un vice honteux, ont, à Paris, rencontré Jules Supervielle avec surprise et délectation. («Hommage à Jules Supervielle», NRF, 1954)

J’ai reçu quelques lettres de Paris, où j’ai pu voir que je n’y serais plus un étranger, ni un simple amateur de littérature et même une vie de chien m’y serait supportable. (Lettre à Robert Guiette, 19 novembre 1923)

C’est en Belgique que Michaux publie ses premiers textes, grâce au soutien de Franz Hellens et de la revue Le Disque vert. Mais à partir de 1924, il déclare avoir définitivement quitté la Belgique. Et c’est à Paris qu’il a trouvé, aussitôt arrivé, des intercesseurs et des amitiés littéraires: en particulier Marcel Jouhandeau, et surtout Jules Supervielle, puis Jean Paulhan, qui publie le jeune écrivain dans la NRF. Il a été irrésistiblement attiré vers Paris: façon de continuer à fuir l’origine, mais aussi tropisme d’écrivain francophone. Il est prêt, écrit-il à ses amis, à accepter les emplois les plus médiocres, pourvu qu’ils lui permettent de vivre là-bas. Il sera successivement surveillant dans un collège, employé au service de fabrication d’une petite maison d’édition, lecteur chez son ami éditeur Jacques-Olivier Fourcade - jusqu’à ce qu’un héritage, à la mort de ses parents, en 1930, lui permette de continuer à voyager sans avoir à exercer un métier. «Belge de Paris» : ainsi se présentait Michaux en 1939. Mais Paris aura été pour lui, à partir de 1924, le lieu privilégié d’où l’on part et où l’on revient. Innombrables sont les voyages - en France, en Europe ou dans le monde entier - qui, chaque année, interrompent le séjour dans la capitale. Et s’il vit principalement là, c’est, du moins jusqu’en 1948 (date à laquelle il prend un appartement), sans jamais s’y installer, posant ses malles dans des hôtels toujours différents, parfois chez des amis. Hors de la belgitude ineffaçable, origine imposée et désavouée, mais aussi de la capitale cosmopolite, point de fuite choisi, Michaux n’aura cessé d’essayer, dans sa vie comme dans ses activités créatrices, de multiples déplacements.