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La nouvelle médecine française / Médecine du XXIesiècle
 

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L'assurance maladie

En quelques décennies l'art de soigner s'est ainsi transformé dans ses techniques, ses procédés, de nouvelles maladies ont fait leur apparition, et des méthodes thérapeutiques enfin efficaces sont nées, pendant que les investigations diagnostiques se faisaient plus variées et plus précises. Inévitablement l'organisation du système de soins devait elle aussi se mettre à jour.

La généralisation de l'assurance maladie s'est faite par étapes progressives. La population française est maintenant, par la loi, entièrement couverte par une assurance, quelle que soit la maladie concernée. Les citoyens sont protégés contre les dépenses liées aux soins nécessités par les affections graves ou bénignes.

Les soins ne sont pas gratuits, la pratique du remboursement ne s'applique pas à certaines dépenses ni à tous les médicaments ; le malade a le libre choix de son médecin et de son établissement de soins, le médecin a la liberté et la pleine responsabilité de ses prescriptions.

La facilité de l'accès aux soins dans toutes les régions de France, la garantie donnée par les assurances et les sociétés mutuelles, ont rendu banal l'appel aux professions de santé, la médecine est devenue un produit de consommation courante, comme un autre bien. La population se soigne plus qu'autrefois. Et si l'on en juge par le nombre des périodiques, des magazines, des revues consacrés à la santé, le public s'intéresse de plus en plus à son corps, à son maintien en forme, à son alimentation, à sa silhouette, etc.

Ce système contribue-t-il à ce que les Français se portent bien ? Il est difficile de l'affirmer. Les indicateurs comme la morbidité et la mortalité n'établissent pas de causalité entre les nombreux facteurs qui interviennent ; on constate que la mortalité infantile diminue et que l'espérance de vie à la naissance augmente régulièrement depuis deux siècles (car cette croissance a commencé avant même l'assurance maladie). Les mêmes phénomènes s'observent dans des pays voisins qui disposent d'une architecture sanitaire différente.

La consommation de soins progresse d'année en année, alors que la rémunération des professionnels de la santé est bien contrôlée par l'Administration. Des accords tarifaires ont été signés par des conventions renouvelées entre les syndicats de professionnels et les caisses d'assurance maladie, sous le regard vigilant de l'État. Tous les professionnels sont désormais « conventionnés », leurs revenus croissent lentement et ne sont plus soumis aux inégalités hiérarchiques d'autrefois. Les rapports entre les parties concernées subissent des crises conflictuelles intermittentes dont la population n'a pas à souffrir.

Les caisses d'assurance maladie qui règlent les remboursements ont été alimentées dès leur fondation par un prélèvement sur les salaires, mais la consommation s'est accrue à un tel point que cette ressource ne suffit plus. La rémunération des salariés influe sur la vie des entreprises, sur l'emploi, donc sur la vie économique de la nation, et aujourd'hui les dépenses pour soins de santé ont une répercussion sur les ressources du pays. L'argent consacré aux soins ne peut pas l'être pour d'autres postes, les grands équilibres budgétaires sont menacés. Une tendance s'amorce pour trouver dans l'impôt les sommes nécessaires, mais cette solution n'apporte qu'un remède provisoire qui a lui aussi ses limites.

Plusieurs pays européens connaissent des difficultés semblables : les mesures correctrices nécessaires sont d'autant plus difficiles à prendre qu'aucun gouvernement n'ose diminuer les généreuses garanties de soins et de gratuité qui ont été accordées en période de prospérité.