Les greffes homologues d'organes
Deux phénomènes conjoints ont contribué à ce que des greffes homologues d'organes soient possibles. Ce fut d'une part l'identification en France des groupes tissulaires du système HLA, couronnée par un prix Nobel : elle a rendu désormais possible l'identification des donneurs compatibles avec un receveur éventuel. D'autre part l'invention de substances chimiques diminua les réactions de l'organisme-hôte greffé à l'égard du greffon provenant d'un organisme étranger.
Dès lors les problèmes techniques de rétablissement des systèmes anatomiques étant résolus, les greffes d'organes peuvent ne plus connaître de limites. Les transplantations du cur ont connu les succès des médias, mais elles font oublier les dizaines de malades qui ont bénéficié d'une greffe du foie, et les milliers de greffés du rein qui vivent aujourd'hui une vie normale. Ce sont autant de malades qui, il y a quelques décennies, seraient morts de leur affection à un âge beaucoup plus précoce.
La chirurgie française s'illustre dans des innovations dont on ne saurait donner le portrait complet. Une mention doit être faite des interventions visant à assurer la fonction normale d'un membre absent ou accidenté. En effet, la replantation d'un membre revêt un aspect particulièrement dramatique lorsqu'il s'agit de remettre à sa place la main d'un travailleur manuel qu'un accident a amputée. Un réseau de centres spécialisés a été créé sur le territoire qui a répandu des règles sur la conservation de l'organe coupé, ses modes de transport vers l'établissement le mieux équipé pour le greffer, sur le programme chirurgical pour le rétablissement de la continuité anatomique, sur les soins postopératoires et sur la réhabilitation fonctionnelle et sociale du greffé. Ce réseau national de la main est totalement original.
Les transplantations autologues posent un autre problème, car elles réalisent un déplacement d'organe fonctionnant normalement dans un site anatomique anormal. Les cas les plus spectaculaires concernent le remplacement par un orteil d'un pouce ou d'un doigt absents dès la naissance ou amputés par accident. Le rétablissement de la fonction anatomique, de l'esthétique, de la vascularisation et de l'innervation, suppose des équipements biologiques, microscopiques, rhéographiques et neurophysiologiques que la France a pu organiser dans plusieurs centres spécialisés. Plus complexes et plus expérimentales sont les transplantations portant sur des viscères dont on veut conserver la double sécrétion exocrine et endocrine, alors que ce viscère doit être déplacé, pour des raisons par exemple cancérologiques. Tel est le cas du pancréas transplanté auprès de la vessie après duodéno-pancréatectomie pour cancer.
On ne peut énumérer toutes les innovations chirurgicales qui sont nées, au cours des dernières décennies, des utilisations combinées du microscope, des endoscopes de fibres de verre, du laser, par exemple dans le traitement des lésions rétiniennes ou de l'encéphale, des malformations congénitales du nouveau-né, en attendant qu'elles soient corrigées dès la vie in utero. Des disciplines comme l'ophtalmologie, la neurochirurgie, l'odontostomatologie, ont été transformées en quelques décennies, dans leurs techniques, leurs méthodes, leur instrumentation, et heureusement dans leurs résultats.