Une médecine par l'image
À côté de cette médecine biochimique s'est développée une médecine par l'image, qui supplante la médecine anatomoclinique. La sémiologie et l'examen complet du malade par le médecin utilisant ses cinq sens, avait illustré les succès de la clinique française jusqu'à la moitié du XXe siècle. Puis les sciences fondamentales ont acquis la prééminence ; la physique, l'électronique et les radiations ont été mises à contribution pour donner à la médecine des moyens d'investigation auxquels on ne pouvait pas penser. Ainsi est née une nouvelle discipline : l'imagerie médicale.
Même l'information biochimique se fait par image : l'électrophorèse, qui soumet un liquide biologique à un champ magnétique, fournit une image photographique.
Les rayons X ont utilisé l'informatique pour devenir la radiologie numérisée et la scanographie. Sous le contrôle de l'amplificateur de luminance puis de l'écran télévisuel, des sondes sont menées à l'intérieur des vaisseaux pour des actes thérapeutiques qui constituent la radiologie d'intervention. Les isotopes sont utilisés pour l'examen d'organes par scintigraphie, à l'aide de caméras adaptées.
Le magnétisme détrône les radiations ionisantes : l'imagerie par résonance magnétique est devenue un procédé usuel d'investigation clinique. C'est également par magnétisme que sont repérés et détruits les calculs rénaux et biliaires, les interventions sanglantes étant ainsi évitées.
Avec l'emploi de fibres souples ne transmettant plus la lumière en ligne droite, les cathétérismes des viscères creux deviennent faciles et indolores : le gros intestin, les uretères, sont facilement explorés, le duodénum peut l'être jusqu'à l'ampoule de Vater à la jonction du pancréas, pour la libérer d'un calcul.
L'échographie utilise les ultrasons, si bien que l'exploration manuelle du corps est progressivement abandonnée à tort, car les jeunes générations ne savent plus dépister un gros foie ni palper une rate sans que l'échographie leur donne toutes les informations. En utilisant la physique combinée à la dynamique des fluides, l'effet Doppler complète l'exploration échographique des vaisseaux : les moindres rétrécissements artériels sont dépistés aussi bien que les thromboses veineuses. Toute la pathologie du système vasculaire s'en est trouvée transformée, et on a mis au point de nouvelles thérapeutiques, en dilatant des artères étroites, en débouchant des vaisseaux obstrués, ou en obturant des anévrysmes.