Publications et écrit

 Retour à la liste
des thèmes

La nouvelle médecine française / La science s'adapte aux maladies
 

 précédent | suivant 

La reproduction humaine

Un autre domaine qui a changé la vision que la population française peut avoir de la médecine est celui de la reproduction humaine. Jusqu'au milieu du XXe siècle, les « tares » congénitales, les malformations de naissance, étaient attribuées à de mystérieuses causes de « dégénérescence », parmi lesquelles une prétendue syphilis héréditaire tenait une grande place, bien que l'identification en eût été fort incertaine.

On sait mieux aujourd'hui reconnaître les maladies familiales transmises de génération en génération. Les unes surviennent inopinément dans une lignée à la suite de mutations chromosomiques inexpliquées. D'autres peuvent être suivies tout au long de la descendance ; les enquêtes sur ces « génopathies » se sont développées, et on peut ainsi identifier les maladies héréditaires à travers l'ascendance et la descendance.

Certaines anomalies particulièrement redoutables peuvent désormais être dépistées par plusieurs procédés techniques dès le début de la grossesse. Tel est le cas du mongolisme. Cette génopathie caractérisée par diverses malformations du corps, particulièrement de la face, et par une arriération mentale a été attribuée par Turpin et Lejeune, en 1959, à la présence d'un chromosome 21 surnuméraire, alors que les chromosomes humains se disposent normalement par paires. Cette « trisomie » découverte par une équipe française a été une révélation, et depuis lors de nombreuses altérations corporelles ou mentales observées dès la naissance ont été attribuées à des trisomies.

C'est pourquoi les techniques de diagnostic anténatal se sont développées. Si une malformation est fréquente dans la famille, si elle comporte un pronostic grave, les parents peuvent décider d'interrompre la grossesse à un stade précoce dès que l'étude du caryotype fœtal et l'examen chimique ou cytologique du liquide amniotique décèlent l'anomalie.

Le mongolisme est plus fréquent chez les enfants des femmes âgées de plus de trente-huit ans. C'est pourquoi la France a fait, la première au monde, prendre en charge par les assurances maladie les opérations de diagnostic prénatal chez les femmes de cet âge.

Toutes les maladies héréditaires ne sont pas aussi graves et ne sont pas si facilement identifiables. Mais on sait maintenant que le patrimoine génétique d'un individu se compose de gènes qui rendent vraisemblable que, dans le courant de sa vie, il présentera un jour une maladie dégénérative ou cancéreuse. Les progrès de la génétique ont été tels que certains de ces gènes ont pu se voir attribuer une place précise sur un chromosome identifié : la cartographie du génome humain est aujourd'hui bien avancée.

Mais nous ignorons encore beaucoup de choses sur le déterminisme des maladies, à quels mécanismes leur apparition est due, et quel est le rôle de ces gènes. Ainsi la présence d'un gène favorisant l'hypertension artérielle dans une famille dont beaucoup de membres en ont été ou sont atteints ne signifie pas que le sujet en sera frappé, ni n'indique quand il le sera : la découverte n'a qu'une valeur de probabilité ; du moins la personne peut en être informée, et elle aura toute latitude pour adopter les modes de vie, les comportements et l'alimentation qui semblent permettre d'éviter la maladie. Ce concept de « médecine prédictive » est né en France, et on en imagine les implications techniques, éthiques, comportementales, etc.

Si l'on en juge par la natalité annuelle, la pratique de la contraception est assez répandue en France ; la baisse de la natalité est cependant moindre que dans un autre pays de même culture et de même religion comme l'Italie. Les couples français cherchent donc à limiter leurs naissances ; à l'inverse, les couples infertiles normalement inquiets, font l'objet d'attentions dévouées de la part de la population : elle s'est passionnée au cours des dernières décennies pour la guérison de la stérilité.

La preuve en est que tous les procédés ont été utilisés dès leur mise au point : l'insémination de la femme par le sperme d'un donneur bénévole et anonyme, la fécondation in vitro de l'ovule par le spermatozoïde suivie de l'implantation de l'œuf dans l'utérus, les dons d'ovule ou de sperme à des femmes ou à des hommes stériles, le prêt d'utérus par une femme apte au développement d'un embryon à une autre qui en est incapable, etc.

Le développement de la procréatique, et de ses fantasmes éventuels, a marqué le pays à tel point - les perspectives techniques se sont révélées si prometteuses, les conséquences morales et juridiques si inquiétantes pour la structure des familles et la notion même de filiation - que le Parlement s'en est saisi. La France se signale ainsi par des réglementations originales. Les centres de soins se consacrant à la procréatique sont limités en nombre, ils doivent remplir des conditions d'équipement et de compétence du personnel pour être accrédités, leur activité est régulièrement évaluée.

Une loi d'éthique a été promulguée ; elle porte d'ailleurs aussi sur d'autres domaines que la reproduction, par exemple l'expérimentation sur l'homme ou encore les greffes d'organe. Certaines pratiques, comme le prêt d'utérus, qu'il soit rémunéré ou gratuit, sont interdites. Cette loi originale montre l'importance que ces questions ont prise dans le public.

En quelques décennies la génétique est devenue une discipline passionnante. On comprend que les mystères de l'hérédité intriguent l'espèce humaine, mais d'autres considérations se font jour. Le génie génétique, en modifiant le patrimoine génomique d'une bactérie, peut lui faire fabriquer à bon compte une substance pharmaceutique utile à l'homme, il peut modifier des espèces végétales ou animales par des chimères commercialement rentables, etc. La génétique ouvre dès lors des perspectives innombrables pour l'environnement de l'homme, son alimentation, sa santé, sa descendance, etc. Elle est devenue un objet de fascination et d'inquiétude.