préciser d'abord : Maupassant, ainsi que la plupart des écrivains de son temps, emploie « conte » et « nouvelle » indifféremment. C'est en vain qu'on voudrait en définir deux typologies. Il serait commode d'avoir en français un terme comme le « récit court » des Anglais, pour qualifier ces oeuvres.
Elles sont très travaillées, et leur aspect facile, lisse, ne doit pas faire illusion. Comme dans ses romans, Maupassant suggère. C'est un visuel, un sensuel, dont les images sont groupées de manière à cheminer longuement dans l'esprit du lecteur, après l'avoir frappé dès l'abord : ainsi, les évocations de la nature normande au printemps, ou des boulevards parisiens sous la pluie. Des tableaux de synesthésies.
Un travail de stylisation, de choix, de tempos rapides et qu'on sent tels (cinq jours dans Boule de Suif, deux jours dans La maison Tellier, quelques mois dans Le petit fût ). Des métaphores continues, par exemple le langage religieux, commercial, militaire, employé tout au long de La maison Tellier (la lanterne de la maison close est comme celles qu'on allume au pied de certaines madones, les femmes sont des « recluses » ; il y a des « consommateurs » et un « personnel », Madame fait un « bon métier » ; elle conduit son « régiment », sa « troupe », son « état-major »).
Maîtrise du récit, et soin de sa structure : comparer les deux versions du Horla. Dans la première, il s'agit pour le « fou » de convaincre les médecins assemblés près de lui. Le discours est du type « persuasif », avec une exposition, des appels à la bienveillance, une généralisation du cas particulier à la science objective. Le récit est faussement encadré : il s'ouvre, en réalité, car le médecin est prêt dans les dernières lignes à adopter les conclusions du « fou » ; rien n'est fini. Dans Le Horla 2, il n'y a plus de médecin ; le récit est donné sous forme d'un journal conduit par la thématique de la dissolution, et construit en redoublement : la partie qui commence le 2 août recommence, mais en accélération, le processus du début. Le « double » est donc inscrit dans le texte.