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Guy de Maupassant / Un romancier
 

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es romans de Maupassant font l'objet, actuellement, d'une réévaluation. La diversité de leurs sujets est très grande : elle permet de comprendre toute une part de la vie sociale de la fin du siècle dernier, vie des provinciaux, hommes ou femmes, dans Une vie et Pierre et Jean, des employés, des journalistes et des financiers dans Bel-Ami, des spéculateurs dans Mont-Oriol, des gens du monde et des artistes dans Fort comme la mort et Notre coeur. Pourtant, il ne faudrait pas croire que Maupassant est parti d'un projet qui englobe la société tout entière comme Zola ; notre écrivain se refuse en effet à écrire sur des personnages qu'il ne peut connaître que de l'extérieur, et c'est la raison pour laquelle les classes populaires sont absentes de ses romans. Maupassant n'est pas un naturaliste. Il refuse de travailler sur dossier.

C'est un romancier réaliste, dans la mesure où il peint les vérités de la vie, en n'en refusant aucune sous prétexte qu'elle est « laide », car l'art doit traiter de tout (ainsi, Bel-Ami a été un soldat brutal, et demeure un brutal dans ses rapports avec les femmes, qu'il dupe et exploite ; la carcasse d'un vieil âne mort, dans Mont-Oriol, est très longuement décrite, parce qu'elle est un présage funeste pour Christiane, l'héroïne). Maupassant est aussi un réaliste, parce qu'il préfère remplacer les longues analyses psychologiques par l'observation des faits et gestes des personnages, révélatrice, si elle est exacte et fouillée, de leur psychologie. Mais le « réalisme » n'est pas du tout une vision extérieure et neutre, chez ce disciple de Flaubert. Dans le développement sur « Le roman », qu'il a placé en tête de Pierre et Jean (et qui n'est pas la préface de ce roman en particulier, mais un article général sur le sujet), Maupassant explique : « Le réaliste, s'il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même. » Un choix s'impose donc dans les éléments fournis par la vie au romancier. « Faire vrai consiste à donner l'illusion complète du vrai. » La réalité, d'autre part, est vue par chacun suivant son tempérament. Il n'y a pas d'art objectif. « Chacun de nous se fait une illusion du monde (...) Et l'écrivain n'a d'autre mission que de reproduire fidèlement cette illusion avec tous les procédés d'art qu'il a appris et dont il peut disposer. »

Par exemple, Bel-Ami semble au premier abord nous offrir une vision très exacte de la carrière d'un arriviste parisien qui réussit. Que de détails méticuleux ! Les prix des repas, l'examen des costumes, des différents intérieurs, depuis la chambre d'un misérable immeuble de rapport habité par Duroy (le futur « Bel-Ami ») quand il est simple employé, jusqu'au somptueux hôtel particulier du banquier Walter dont il finit par épouser la fille... Sans compter la description d'une situation politique qui transpose fidèlement l'affaire tunisienne - expédition coloniale donnant lieu à des spéculations -, replacée ici au Maroc ; et celle de l'exercice du journalisme, dans cette fin du XIXe siècle où il n'est même plus nécessaire, pour y réussir, d'être un homme cultivé comme l'étaient au moins les journalistes d'Illusions perdues de Balzac, roman dont l'action est située dans les années 1820. On peut trouver aux personnages de journalistes que nous décrit Maupassant des modèles contemporains tout à fait proches. On peut vérifier en lisant les publications de l'époque tous les renseignements donnés par le romancier. Etude de moeurs, étude historiquement fondée, minutieusement localisée dans les quartiers de Paris, Bel-Ami nous frappe par la sévérité vraie du regard porté sur une époque où l'argent est la grande affaire, et contamine les médias (le journal La vie française est au service des capitaux du banquier Walter), la politique (Walter achète les députés et suscite les crises ministérielles), les sentiments (Duroy, amant de Mme Walter, spécule d'après ses conseils, puis il enlève sans amour sa fille Suzanne afin de faire un riche mariage).