n 1872 : Guy de Maupassant, après bien des démarches, est surnuméraire au Ministère de la Marine ; 1873, il est employé à 125 F par mois ; en 1878, il gagne 2000 F par an, plus 600 F donnés par son père, et « tire le diable par la queue ». A cette époque, il passe au ministère de l'Instruction publique. Il y reste jusqu'en 1880, puis se met en congé (il est rayé des cadres en 1882).
Canotage : Chatou, Bougival, Argenteuil, en 1873 (il est surnommé « Joseph Prunier » dans son groupe d'amis) ; puis 1875, à Bezons. Il loue une chambre à l'auberge Poulin. Joyeuse vie ; des filles, prouesses sexuelles. Les effets d'une syphilis se font sentir dès 1877. Cure à Loèche-les-bains.
Il fréquente les milieux littéraires : Flaubert (à Croisset et à Paris : rue Murillo jusqu'en 1875, puis 240, rue du Faubourg Saint-Honoré), et, par l'entremise de Flaubert, Tourgueniev (dont il écrit : « Il sait composer en quelques pages une oeuvre absolue, grouper merveilleusement les circonstances et tracer des figures vivantes, palpables, saisissantes » Le Gaulois, 21 novembre 1880), Edmond de Goncourt (lui et son frère mort jeune, « fouilleurs du passé, fouilleurs de la vie, fouilleurs de la langue », écrit Maupassant). D'autre part il connaît Zola (« dont le nom sonore et glorieux résonne en ce moment à tous les coins du monde, au milieu de la haine exaspérée des uns, de l'indignation vraie ou feinte des gens du monde (...) et de l'admiration frénétique d'un grand nombre ». Les dimanches d'un bourgeois de Paris, 1880). En 1877, dîner chez Trapp, avec les jeunes Huysmans, Céard, Hennique, Alexis, Mirbeau, en l'honneur des trois maîtres : Flaubert, Goncourt, Zola.

Maupassant écrit une pochade pornographique, La feuille de rose, maison turque, représentée en 1875 en petit comité. Des pièces, refusées par les théâtres. Des contes, non signés de son nom. Des vers publiés en 1879 dans une revue lui valent des poursuites. Enfin, en avril 1880, voici la publication des Soirées de Médan, recueil collectif patronné par Zola, dans lequel figure Boule de Suif. Flaubert, très sévère jusqu'alors pour le travail de Maupassant, avait écrit à sa nièce le 1er février qu'il s'agissait d'un chef-d'oeuvre. A peine Maupassant reconnu écrivain par le succès de Boule de Suif, Flaubert meurt en mai 1880. Grande tristesse de Maupassant, qui a vu peu de temps auparavant Flaubert brûler, une nuit, à Croisset, d'anciennes correspondances. Croisset demeure un lieu privilégié pour lui. Maupassant s'éloigne vite du groupe naturaliste. Il reste disciple de Flaubert par son « originale impersonnalité » ; « Je ne crois pas plus au naturalisme et au réalisme qu'au romantisme » (lettre à Alexis, 17 janvier 1877).
Domiciles parisiens de Maupassant : dans la même maison que son père, 2, rue Moncey, une petite chambre ; puis en 1876, seul, deux pièces 17, rue Clauzel (une maison de « filles »).