me de Maupassant mère, née Laure Le Poittevin (1821-1903), d'ancienne famille normande, est cultivée et sensible. Malheureusement, depuis son mariage, elle développe des troubles névrotiques : migraines, crises nerveuses, seront son lot. Elle vivra des journées enfermée dans le noir ; elle tentera de se suicider à l'aide de ses longs cheveux. Maupassant, toute sa vie, sera très attentif à sa mère : séjours auprès d'elle, lettres nombreuses.
Le frère de Laure, Alfred, mort en 1848, fut le camarade d'études et intime ami de
Flaubert (« Quand il (Flaubert) me reçut, il me dit, en m'examinant avec attention :
"Tiens, comme vous ressemblez à mon pauvre Alfred" (...) il me dit d'une voix vibrante de
l'intonation du passé : "Embrassez-moi, mon garçon, ça me remue le coeur de
vous voir. J'ai cru tout à l'heure que j'entendais parler Alfred." » Maupassant,
L'Echo de Paris, 24 novembre 1890).
Gustave Flaubert
Le père de Maupassant, Gustave de Maupassant (1821-1899), est d'origine lorraine. Sa famille s'est installée en Normandie à la génération précédente. Laure Le Poittevin, entichée de noblesse, lui en a fait rechercher les origines. Un Maupassant a été anobli en Lorraine en 1752. Gustave a obtenu le droit de porter la particule le 9 juillet 1846. Le mariage avec Laure a lieu le 9 novembre 1846 (A son tour, Guy de Maupassant se montrera attentif à sa généalogie). Gustave de Maupassant se révèle léger, volage, dépensier.
Guy naît le 5 août 1850 au château de Miromesnil, selon toute vraisemblance : celui-ci a été loué par ses parents en 1849. Laure de Maupassant s'y serait transportée peu de temps avant son accouchement, tenant à ce que son enfant naisse en noble demeure. D'aucuns font naître Guy au domicile plus humble de ses grands-parents, à Fécamp, rue Sous-le-Bois (actuel quai Guy de Maupassant). En 1856 lui naît un frère, Hervé, cette fois au château de Grainville-Ymauville près du Havre. En 1859, le père, ayant trop dépensé, doit exercer un métier ; il est employé, puis associé à un agent de change parisien. Guy fréquente fugitivement le lycée Napoléon (aujourd'hui Henri IV) à Paris. En 1860, ses parents se séparent, après des scènes dont Guy semble avoir été très marqué (voir le récit « Garçon, un bock ! »). Devenu adulte, il marque parfois de l'opposition, souvent une sorte de mépris à son père, avec lequel il ne rompt cependant jamais.
Les enfants restent à Etretat avec Mme de Maupassant, dans la villa des Verguies. Maupassant fait d'abord des études avec sa mère et un abbé, vivant le reste du temps avec les petits paysans et pêcheurs. Il est en 1863 envoyé en pension à l'institution ecclésiastique d'Yvetot, dont l'atmosphère pieuse et renfermée ne lui convient guère. Il s'en fait renvoyer en 1868 après des incartades, sous prétexte qu'il a écrit des vers inconvenants. Il va alors en pension au lycée Corneille, à Rouen. Son « correspondant » est le poète Louis Bouilhet, auteur de Melaenis (1853), Les Fossiles (1854), etc., le plus intime ami encore vivant de Flaubert. Celui-ci, vieil ami des Le Poittevin, est plein de bienveillance envers Guy (mais il n'y a pas de raison de croire qu'il soit son père, comme le bruit en courut. Guy a bien le même type physique que lui, mais c'est aussi celui de Bouilhet : un type normand très caractéristique. L'amitié ancienne pour Alfred Le Poittevin suffit à expliquer la sympathie de Flaubert). Maupassant s'attache aux deux amis, assiste aux réunions littéraires chez Flaubert, à Croisset, s'essaye aux vers. Bouilhet meurt le 18 juillet 1869. Guy est bachelier le 27 juillet.
Outre ces deux écrivains, dont l'influence est fondamentale - Maupassant s'est toute sa vie proclamé le disciple de Flaubert -, le jeune Guy a connu en 1866 à Etretat le poète anglais Ch. A. Swinburne qui faisait scandale par sa réputation d'homosexuel et de sadique - il avait d'ailleurs baptisé sa maison « Chaumière de Dolmancé », d'après Sade (Swinburne est « un Poe idéaliste et sensuel », selon la préface de Maupassant à une traduction des Odes et Ballades de Swinburne, 1891). Et Maupassant a vu en 1868 Courbet peindre La Vague dans une maison d'Etretat, sur la falaise.
Paris, pour commencer des études de droit. C'est la guerre de 1870. Maupassant est versé à Rouen, dans l'intendance ; il est pris dans la débâcle des armées françaises, et s'en souviendra toujours avec horreur. De retour à Paris ; puis à Rouen, pendant la Commune de Paris. Son père lui trouve un remplaçant ; il est démobilisé en novembre 1871.