
onsidérées au début par Maupassant comme entièrement dépendantes de leur physiologie, et ne devant être estimées que par rapport à elle. « Herbert Spencer me paraît dans le vrai quand il dit qu'on ne peut exiger des hommes de porter et d'allaiter l'enfant, de même qu'on ne peut exiger de la femme les labeurs intellectuels. Demandons-lui bien plutôt d'être le charme et le luxe de l'existence » Le Gaulois, 30 décembre 1880. Une façon polie d'exprimer, à propos du sexe, ce que le personnage de L'Ermite dit crûment : « Ceux qui n'ont pas aimé poétiquement prennent et choisissent les femmes comme on choisit une côtelette à la boucherie, sans s'occuper d'autre chose que de la qualité de leur chair. » De nombreuses filles de joie figurent dans les récits de Maupassant, comme elles ont figuré dans sa vie. Elles ont des qualités que n'ont pas les autres femmes : marginales, elles ne perdent rien à donner libre cours à leurs sentiments, et c'est Boule de Suif et Rachel de Mademoiselle Fifi qui sont chargées d'être les repoussoirs de la lâcheté. Autres femmes « nature » de l'oeuvre de Maupassant, les paysannes de Normandie, qui obéissent le plus souvent à l'instinct du sexe.

Le sentiment à l'égard de la femme est considéré
comme un leurre. Dès qu'une femme tente de s'attacher l'homme, dès qu'un homme se croit amoureux, on court au malheur. Il y a méconnaissance d'un sexe à l'autre ; la femme trompe, elle est légère, et surtout elle possède une puissance dissolvante terrible. Incertain de son identité, l'homme se sent agressé par l'Autre (voir Récits fantastiques). La femme vampirise. Maupassant n'est pas le seul à la dépeindre ainsi ; c'est courant chez les auteurs de la fin du XIXe siècle (par exemple Huysmans) et les peintres (Khnopff)
Mais si elle ne connaît pas, ou connaît dans la douleur, ce que
Maupassant considère comme son destin de femme, il en fait un personnage qui mérite une grande pitié. C'est Jeanne, malheureuse en mariage et déçue par son fils, dans Une vie. C'est Christiane de Mont-Oriol, vite délaissée par son amant, mais qui connaîtra peut-être une satisfaction de mère. Surtout, ce sont les émouvantes vieilles filles de l'oeuvre de Maupassant, passées à côté de la vie : Mademoiselle Perle, Miss Harriett, la tante Lison d'Une vie.

Vers 1886-1887, et sous l'influence de ses expériences personnelles, Maupassant évolue. Dans Fort comme la mort et Notre coeur surtout, c'est l'homme qui souffre longuement du fait de la femme, une femme « moderne » que Maupassant décrit aussi avec une crainte nouvelle dans le récit L'inutile beauté. Cette femme, raffinée, intelligente, refuse de se laisser dominer par l'homme ; elle est peut-être frigide ; en tout cas elle place sa propre indépendance au-dessus de la satisfaction des sens. Elle est énigmatique pour l'homme, et capable d'inverser les rôles traditionnels des sexes.