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André Malraux / Hanté par la mort
 

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Hanté par la mort, oui, Malraux l'était, à condition toutefois de comprendre que la mort n'était pas seulement pour lui le trépas, mais « l'invincible englobant de l'univers ». Ajoutons qu'il était fasciné, tout autant que par celui de la mort, par le mystère de la vie.

Dans les dernières pages de son dernier roman, Les Noyers de l'Altenburg, ce mystère est ressenti et suggéré d'une manière particulièrement intense. Le narrateur, qui redécouvre la vie après avoir attendu la mort durant toute une nuit de guerre, évoque ce mystère en parlant tour à tour de « la miraculeuse révélation du jour », d'« un don inexplicable », de « l'éblouissant mystère du matin » et, pour finir, du « mystère de l'homme ». Ainsi, Malraux qui, comme Tolstoï dans Guerre et Paix, avait souvent évoqué en contrepoint de la guerre « l'indifférente sérénité des étoiles » qui rend le combat des hommes plus poignant encore, ainsi Malraux - dont nous aimerions croire qu'il se confond ici avec le narrateur des Noyers - put-il parfois se sentir accordé au cosmos, comme la vieille paysanne qui « semble regarder au loin la mort avec indulgence, et même - ô clignement mystérieux, ombre aiguë du coin des paupières - avec ironie *... »

*Les Noyers de l'Altenburg, p. 291 ;
Antimémoires, « Folio », p. 259.