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André Malraux / Avec les artistes de son temps
 

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Dès les années vingt Malraux fréquente les ateliers des peintres et devient l'ami de certains d'entre eux : Fernand Léger qui illustre en 1921 Lunes en papier ; Galanis, un peintre grec installé à Montmartre, à qui Malraux consacre en 1922 son premier texte sur la peinture - la préface qu'il écrit pour le catalogue d'une exposition parisienne. La même année, il se rend à Ostende pour y rencontrer le vieux maître flamand James Ensor ; il fera un peu plus tard la connaissance de Marc Chagall, celle de Rouault sur qui il publie un article en 1929 ; celle de Jean Fautrier dont il organise une exposition à la Galerie de la N.R.F. en 1933. Et Malraux restera fidèle à ces premières admirations. On sait que, devenu ministre, il confiera à Chagall le plafond de l'Opéra de Paris et à André Masson celui du Théâtre de France. On sait moins qu'il préfacera le catalogue de la première exposition Fautrier de l'après-guerre, consacrée aux Otages, ou qu'il fera organiser à la Bibliothèque Nationale une exposition Galanis en 1963.

Georges Braque et Pablo Picasso, découverts eux aussi dans les années vingt, lui inspirèrent toujours une profonde admiration. Pour Braque, il l'exprimera notamment dans son hommage du Louvre : « il y a une part de l'honneur de la France qui s'appelle Braque - parce que l'honneur d'un pays est fait aussi de ce qu'il donne au monde ». Son hommage à Picasso sera La Tête d'obsidienne, publiée un an après la mort du peintre. Les pages qu'il lui consacre montrent clairement que ce qui fascine chez lui Malraux, c'est la dimension démiurgique de son art : le fait qu'à travers ses peintures et ses sculptures, Picasso ait voulu affronter la Création pour lui substituer la sienne. Comme l'écrit George Steiner dans Réelles présences, un livre aux accents souvent malrauciens, on est frappé par la force et la persistance du thème de l'artiste comme rival de Dieu, « en une époque prétendument séculière ». Ce thème est évidemment central dans la réflexion de Malraux sur la création artistique. C'est pourquoi il admirait aussi, parmi ses contemporains, Henri Matisse et Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine, Paul Klee et Alberto Giacometti : « tous ceux qui créèrent des formes rebelles à celles de l'apparence », et dont les oeuvres, par là même, permirent à notre époque de voir enfin les oeuvres sacrées. Selon Malraux, en effet, l'art moderne, en soumettant l'apparence à la création, « a dévoilé le domaine où un dieu mexicain devient une sculpture et non un fétiche, le domaine où les natures mortes de Chardin sont unies aux Rois de Chartres et aux Dieux d'Élephantâ dans une présence commune 1 ». Ainsi Malraux soulignait-il ce singulier paradoxe : si de nombreuses oeuvres religieuses du passé sont redevenues visibles, c'est en partie grâce à l'art profane du présent. Il convient enfin de signaler que, si l'auteur du Musée Imaginaire avait certes tendance à prêter à l'artiste une angoisse et une révolte soeurs de celles qu'il éprouvait lui-même, beaucoup de créateurs se reconnurent dans ses écrits sur l'art, de Marc Chagall à André Masson et d'Ossip Zadkine à Charles Lapicque.

1. Le surnaturel. p. 22.