
Au début des Antimémoires, Malraux rappelle qu'il a, sans le savoir, ressuscité le mot farfelu. C'est en effet dans ses Lunes en papier (1921) que ce mot est attesté pour la première fois au XXe siècle. Admirateur d'Hoffmann, de Max Jacob et de Cendrars, Malraux affectionnait « ce qu'il y a de bizarre dans les choses quotidiennes », c'est-à-dire leur aspect farfelu. Après Lunes en papier, il publia en 1928 Royaume-Farfelu ; mais pour lui le farfelu n'était pas seulement un mot ni un titre : il définissait une sorte d'humour qu'illustre à sa manière le Clappique de La Condition humaine, une sensibilité particulière aux situations cocasses. Les « dyables » qu'il dessinait, les chats dont il assortissait parfois ses dédicaces, une référence inattendue aux Pieds Nickelés, tout cela appartient au domaine du farfelu. Même dans des situations réputées sérieuses, Malraux n'y renonçait pas. Ainsi, par exemple, lorsque Nehru lui dit : « Vous voilà ministre », il lui répond par l'histoire de Mallarmé écoutant une nuit la conversation des chats dans la gouttière. Un chat noir demande au sien ce qu'il fait, et celui-ci de répondre : « En ce moment, je feins d'être chat chez Mallarmé 1... » De même, à Colombey, Malraux raconte au général de Gaulle qu'à la bataille d'Azincourt, les Anglais ont vaincu les Français grâce à leurs capitaineries de chats : « Ça me plaît, cent vingt chats en rang 2... » ![]() 1. Antimémoires, « Folio », p. 156. | ||||
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