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André Malraux / Le cinéma
 

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Les liens d'André Malraux avec le cinéma remontent au début des années vingt, époque à laquelle il découvre le cinéma expressionniste allemand. C'est à l'occasion d'un séjour à Berlin en 1922 que Malraux, accompagné de sa jeune femme Clara, voit Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene. « Quand nous l'avons vu », dira-t-il à Jean-Marie Drot, « nous avons été complètement tourneboulés, parce que l'idée qu'on avait du cinéma à ce moment-là était quand même une idée assez réaliste, et voilà qu'entrait en jeu quelque chose de complètement autre. »

Il apprécia également La Charrette fantôme de Sjöström, Nosferatu le Vampire de Murnau, L'Ange bleu de Sternberg. Peut-être vit-il Metropolis et M. le Maudit de Fritz Lang. Puissamment stylisés, de tels films s'accordent à un aspect fondamental de l'esthétique que développera bientôt Malraux : l'art ne cherche pas à imiter le réel qui nous entoure, l'artiste étant par vocation non le transcripteur du monde, mais son rival.

Les films d'Eisenstein - qu'il rencontra en Union Soviétique en 1934 - furent aussi l'une de ses grandes admirations, notamment Le Cuirassé Potemkine et Octobre : « Le génie des films révolutionnaires d'Eisenstein illustre le bolchevisme, il ressuscite aussi l'épopée 1. » Enfin, il mettait très haut le Danois Carl Dreyer dont il avait vu Dies Irae et Ordet2.

Mais Malraux ne fut pas seulement un spectateur passionné : il se fit cinéaste lorsqu'il décida de porter à l'écran quelques chapitres de L'Espoir, nous en avons déjà parlé. De cette nouvelle expérience naquit l'Esquisse d'une psychologie du cinéma qui parut dans la revue Verve en 1940. Malraux y analyse les rapports du film avec le théâtre et le roman - analyse d'autant plus pénétrante que son auteur est désormais romancier et cinéaste.

Dans L'homme précaire et la littérature, son dernier livre, Malraux s'intéresse de nouveau aux problèmes posés par le cinéma. Fidèle à ses admirations, il souligne néanmoins les limites de toute adaptation cinématographique d'un roman : « Que manque-t-il à la meilleure Anna Karénine filmée comparée au roman ? Tolstoï. »

1. L'Homme précaire et la littérature, p. 211.
2. Je remercie Sophie de Vilmorin à qui je dois cette information d'autant plus précieuse que Malraux n'a jamais mentionné Dreyer dans ses textes sur le cinéma.