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Andr? Malraux / L'Espagne
 

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L'Espagne est un des grands chapitres de la vie de Malraux. Il y fit un bref séjour en mai 1936, répondant à l'invitation de José Bergamin. Deux mois plus tard, en juillet, la guerre civile commençait et Malraux repassa les Pyrénées. En août il organisa l'escadrille España - moins de vingt avions - qui s'appellera bientôt l'escadrille André Malraux et combattra jusqu'au mois de février 1937, notamment dans la vallée du Tage, à Tolède, dans l'Aragon et à Malaga. Malraux, qui n'est pas pilote, participe aux missions comme observateur et parfois comme mitrailleur. Après Tolède, après la bataille de Teruel qu'évoquera nommément la dédicace de L'Espoir, ce sera Malaga, le 11 février 37, la dernière opération de l'escadrille - mais Malraux ne put y participer.

En ce début de 1937, les Soviétiques ayant pris les choses en mains, la guerre d'Espagne devint leur affaire. Malraux se fit alors le propagandiste de la République espagnole et se rendit aux États-Unis afin de récolter des fonds pour les hôpitaux d'Espagne. Il prononça plusieurs discours, notamment à New York et à Hollywood. Après l'Amérique, il retrouva l'Europe en avril et se mit à son nouveau roman, L'Espoir, qui fut achevé en quelques mois. Il parut en effet en décembre 1937. Évocation de son expérience espagnole, L'Espoir est aussi l'épopée de la guerre civile et une oeuvre fraternelle où passe un souffle tolstoïen : « [...] au-dessus d'eux, en arrière, la lune, qu'ils ne voyaient pas, éclairait l'aluminium des ailes. Leclerc reposa sa thermos : aucun geste humain n'était plus à la mesure des choses ; bien loin de ce cadran de guerre seul éclairé jusqu'à des lieues, l'euphorie qui suit tout combat se perdait dans une sérénité géologique, dans l'accord de la lune et de ce métal pâle qui luisait comme les pierres brillent pour des millénaires sur les astres morts1. »

Son livre paru, Malraux ne tourne pas la page de l'Espagne et veut maintenant réaliser un film. Le tournage de Sierra de Teruel - qui n'est pas une adaptation du roman, mais seulement de quelques-uns de ses chapitres - commença en juillet 1938 à Barcelone. Il devait se poursuivre en d'autres lieux de Catalogne, enfin à Villefranche-de-Rouergue où, quelques années plus tard, Malraux, prisonnier de la Wehrmacht, sera logé pour une nuit mémorable...

Le film fut projeté une première fois en juillet 1939, mais ne vit vraiment le jour qu'en juin 45, sous le titre Espoir. L'accueil qu'on lui réserva fut dans l'ensemble enthousiaste : Aragon, Gide, Claude Mauriac et d'autres firent l'éloge d'un film imparfait mais authentique. Il reçut à la fin de l'année le prix Louis Delluc.

Malraux resta fidèle à ses « camarades de la bataille de Teruel ». De cette fidélité, témoignent son amitié ininterrompue avec le poète exilé Bergamin et aussi son refus de retourner dans une Espagne gouvernée par Franco. Ainsi, faisant escale à Cadix en 1971, Malraux resta-t-il sur le paquebot plutôt que de fouler la terre d'une Espagne encore dirigée par celui qu'il avait combattu. Coïncidence ou noire ironie : sur le pont du De Grasse, l'auteur de L'Espoir lisait Contre tout espoir de Nadejda Mandelstam...

Plus tard, à la Salpêtrière, pendant son hospitalisation de 1972, parmi les souvenirs qui l'assiègent, l'Espagne est encore présente : l'hôpital militaire de Madrid, la prédication du moine des Hurdes, les blessés de la Sierra de Teruel, la bruine sur Valence et les « gosses sans abri » qui dorment sous de grands animaux de carton2...

1. L'Espoir, « Folio », pp. 256-257.
2. La Corde et les souris, « Folio », pp. 516-520.