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André Malraux / L'indochine
 

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J'ai été amené à la Révolution, telle qu'on la concevait vers 1925, par le dégoût de la colonisation que j'ai connue en Indochine.

La Corde et les souris

Nous sommes en 1921 : Malraux publie son premier livre, Lunes en papier, qu'il dédie à Max Jacob. A l'automne, il épouse Clara Goldschmidt, une jeune femme cultivée avec laquelle il voyage à travers l'Europe, notamment en Italie, à Prague et en Allemagne. En 1923, le jeune couple part pour le Cambodge (alors protectorat français) à la recherche des temples de l'ancienne Voie royale des Khmers. Après un long voyage à partir de Phnom Penh, puis une expédition de plusieurs jours à travers la jungle, Malraux, sa femme et Louis Chevasson, un ami d'enfance, arrivent au temple de Benteaï Srey et en repartent avec plusieurs sculptures arrachées aux murs du temple. De retour à Phnom Penh fin décembre, ils sont arrêtés et assignés à résidence. En juillet 1924, condamné à trois ans de prison ferme, Malraux fait appel. Revenue à Paris, Clara tâche de susciter des soutiens à son mari. Le 6 septembre, Les Nouvelles littéraires publient une pétition intitulée « Pour André Malraux », qui a recueilli des signatures illustres, celles notamment d'André Gide, François Mauriac, Pierre Mac Orlan, Max Jacob, Gaston Gallimard, Louis Aragon, André Breton et Marcel Arland. Les signataires se portent garants « de l'intelligence et de la réelle valeur littéraire de cette personnalité, dont la jeunesse et l'oeuvre déjà réalisée permettent de très grands espoirs ». Texte d'autant plus remarquable qu'à cette date, Malraux n'avait publié qu'un seul livre et quelques textes dans des revues.

En octobre, après le jugement de la cour d'appel de Saïgon qui le condamne à un an de prison avec sursis, Malraux quitte le Cambodge. Mais, dès juin 1925, il repart pour l'Indochine. Ce second séjour est consacré à la lutte anticolonialiste. Avec Paul Monin, un avocat libéral, Malraux décide de créer un journal d'opposition qui dénonce bientôt les abus de l'administration coloniale : L'Indochine qui, après avoir cessé de paraître pendant deux mois, reparaîtra sous le titre de L'Indochine enchaînée. Du 17 juin au 14 août 1925, avaient paru quarante-neuf numéros de L'Indochine, et du 4 novembre à février 1926, vingt-trois de L'Indochine enchaînée. Malraux, qui s'était beaucoup dépensé dans cette entreprise, quitta Saïgon le 30 décembre 1925. L'année suivante fut celle de la publication de son premier livre important, La Tentation de l'Occident, un essai sous forme de lettres que s'adressent deux amis, un jeune Chinois visitant l'Europe et un jeune français découvrant l'Extrême-Orient. Par sa composition qui tient du dialogue, par l'importance qu'il accorde à l'Asie, par sa densité aussi, ce livre porte en germe bien des aspects de l'oeuvre future de son auteur et du souffle des textes de la maturité : « Europe, grand cimetière où ne dorment que des conquérants morts et dont la tristesse devient plus profonde en se parant de leurs noms illustres, tu ne laisses autour de moi qu'un horizon nu et le miroir qu'apporte le désespoir, vieux maître de la solitude. »

Quatre ans après La Tentation de l'Occident, Malraux publie La Voie royale, un roman dans lequel il transpose son expérience de jeune « archéologue » recherchant, à travers les miasmes peuplés d'insectes de la forêt cambodgienne, des trésors de l'art khmer. Le roman reçoit le premier prix Interallié. Malraux n'oublie pas pour autant ses convictions anticolonialistes : en 1935, il préface Indochine S. O. S., un livre d'Andrée Viollis1 qui alerte les Français sur la situation des Annamites. « L'Indochine est loin : ça permet d'entendre mal les cris qu'on y pousse » écrit-il, avant de conclure : « Ce livre, lui aussi, est fait pour qu'on sache. Et, depuis qu'il a été écrit, la danse de mort qu'il montre n'a guère changé que son pas. »

1. Paru chez Gallimard.