Publications et écrit

 Retour à la liste
des auteurs

André Malraux / L'enfance
 

 précédent | suivant 

André Malraux n'aimait pas évoquer son enfance. Il nous en prévient dès le début des Antimémoires : « Presque tous les écrivains que je connais aiment leur enfance, je déteste la mienne. » De ses parents, seules quelques images liées à la mort émergent dans Le Miroir des limbes : sa mère morte dont il dit avoir longtemps regardé la paume - « une paume de vieille femme, avec ses lignes fines et profondes, indéfiniment entrecroisées » -, et son père dont il évoque discrètement le suicide en précisant qu'il avait laissé sur sa table de nuit un « bouquin ouvert à une page où il avait souligné la phrase : "Et qui sait ce que nous trouverons après la mort ?" » De ses deux frères, Claude et Roland, morts pour faits de Résistance, quelques mots seulement. André Malraux était un homme pudique, c'est ce qui explique en partie cette discrétion, cette retenue sur sa famille comme sur ses sentiments privés. Mais peut-être y a-t-il une autre raison, celle que suggère, dans son étude sur Saint-Just, cette remarque admirative : « Pas de famille ; un destin qui se fait de main d'homme 1. » Malraux, lui aussi, s'est assez vite émancipé des siens et a voulu façonner lui-même son destin.

Son adolescence se passa surtout en lectures (Corneille, Loti, Baudelaire, Michelet, Victor Hugo), et elle fut bientôt illuminée par la mystérieuse présence des oeuvres d'art. Dans l'une des rares pages autobiographiques de L'Intemporel, Malraux écrit : « Après la mort de Degas, nous courûmes à l'exposition de son atelier ; plus vaste que toutes les rétrospectives qui lui ont succédé, elle nous enseignait sa langue mot par mot - ce à quoi je dus sans doute mon éblouissement inquiet devant les Grandes Danseuses vertes. Je comprenais mal "ce que cela voulait dire", mais très bien que cela entrait mystérieusement dans ma vie2. »

1. Le Triangle noir, p. 100
2. L'Intemporel, p. 115