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Stéphane Mallarmé / Méry
 

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Dans la vie de Mallarmé, Méry Laurent aurait pu n'être qu'une présence familière et anecdotique, la part du sentiment le plus banalement humain contre la part du rêve, la part des échotiers contre celle des exégètes. Il est vrai que pour l'anecdote, celle que Mallarmé appelait son « petit paon » avait de quoi retenir l'attention : née à Nancy en 1849, rapidement émancipée par un mariage à quinze ans suivi presque aussitôt d'une séparation définitive, elle s'était acquis sur les scènes parisiennes à la fin du second Empire et au début de la III e République une réputation de Vénus accessible, avant de connaître l'aisance d'une demi-mondaine protégée par le riche Dr Evans, le dentiste américain des têtes couronnées, et prodiguant généreusement ses faveurs au petit monde des lettres et des arts. Mais la généreuse Méry ne fut pas que la bonne fée (probablement platonique) et la parfaite camarade du poète de 1884 à sa mort ; celle qui avait été l'un des modèles favoris de Manet, et qui devait prêter quelques traits à Madame Swann dans la Recherche du temps perdu, fut aussi pour Mallarmé une inspiratrice privilégiée. Outre les poèmes qui lui sont dédiés - Ô si chère de loin..., Dame/Sans trop d'ardeur..., Éventail de Méry Laurent -, sa rose carnation et le blond trophée de ses cheveux ne sont sans doute pas étrangers à nombre de sonnets qui prolongent l'érotisme poétique de l'auteur du Faune : « La chevelure vol d'une flamme... », « Victorieusement fui... », « Quelle soie aux baumes de temps... », « M'introduire dans ton histoire... ». On lui doit encore la plus grande partie des Vers de circonstance, qu'elle inspira ou suscita comme un jeu de société ou un art de salon, transformant le rêveur du Livre évidemment consentant et discrètement ravi en « secrétaire du paon » : « cela sort de chez toi29 » lui écrivait Mallarmé en 1892, alors qu'il s'apprêtait à publier ses quatrains-adresses. C'est elle enfin qui fut à l'origine de la commande des Contes indiens, exercice de réécriture n'ayant d'autre finalité qu'une rentrée d'argent toujours bienvenue. Un mot pourrait ainsi résumer cette relation de quinze ans, un mot écrit pourtant à la suite de ce qui semble avoir été plus qu'un malentendu entre eux, en septembre 1889 :

« Rien que de la gratitude, Méry. Merci30. »

 

29 - Lettre du 29 septembre 1892.
30 - Lettre du 11 septembre 1889.