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Stéphane Mallarmé / Le Parnasse
 

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Réponse à l'enquête de Jules Huret sur l'évolution littéraire

Si l'épithète de Parnassien a aujourd'hui mauvaise presse, Mallarmé n'en fut pas moins, historiquement au moins, un Parnassien. Comme Verlaine et comme toute sa génération, la génération poétique de 1860 (Catulle Mendès, François Coppée, José Maria de Heredia, Léon Dierx, Sully Prudhomme, Louis Xavier de Ricard, Henri Cazalis, Albert Mérat, Léon Valade...), il fit ses véritables débuts en 1866 à l'enseigne du Parnasse contemporain dont les figures de proue s'appelaient Gautier, Banville, Leconte de Lisle et, à un degré moindre, Baudelaire. Comme eux rebelle aux facilités du lyrisme personnel et aux hasards de l'inspiration, il fit de l'art un absolu et voua un culte à la forme stricte :
« Le hasard n'entame pas un vers, c'est la grande chose. Nous avons, plusieurs, atteint cela 19... » Même après la longue crise de la fin des années soixante d'où devait sortir une conscience nouvelle de la poésie, il resta fidèle à ses amitiés parnassiennes (Mendès, Coppée, Heredia) autant qu'à son admiration pour Leconte de Lisle et, plus encore, pour Gautier et Banville. Il participa encore au second Parnasse avec la Scène d'Hérodiade, contribua au Tombeau de Théophile Gautier, et, si son Faune ne fut pas agréé par les censeurs du troisième Parnasse, c'est à ses amis Cladel, Dierx et Mendès, qui l'avaient défendu, qu'il dédia l'édition originale de l'églogue. Certes, l'esthétique de celui qui voulait reprendre à la musique son bien fut aussi une esthétique anti-parnassienne, dans la mesure où le parnasse perpétuait à ses yeux, par sa référence constante au modèle pictural, un réalisme désuet : « les jeunes sont plus près de l'idéal poétique que les Parnassiens qui traitent encore leurs sujets à la façon des vieux philosophes et des vieux rhéteurs, en présentant les objets directement. Je pense qu'il faut, au contraire, qu'il n'y ait qu'allusion. [...] les Parnassiens, eux, prennent la chose entièrement et la montrent ; par là ils manquent de mystère ; ils retirent aux esprits cette joie délicieuse de croire qu'ils créent. Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve 20.  » Mais l'auteur d'Hérodiade resta « au fond », comme Baudelaire ou Flaubert, comme Verlaine ou Rimbaud, un Parnassien hors normes, ou plus subtil, comme il l'avouait en 1894 à Charles Guérin : «... moi qui, au fond, n'ai guère rompu le lien qui me rattache au Parnasse, mais peut-être l'affinai 21.  »

 

19 - Lettre à Coppée du 5 décembre 1866.
20 - Réponse à l'enquête de Jules Huret sur l'évolution littéraire.
21 - Lettre du 21 août 1894.