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Stéphane Mallarmé / Le Faune
 

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« Lœda », Entre quatre murs
Dessin de Manet pour L'Après-midi d'un faune (fac-similé)

Si Hérodiade s'associa, dans l'imaginaire mallarméen, à la stérilité hivernale, le Faune, lui, découvrit au poète « des expansions æstivales15 » jusqu'alors inconnues ; en juin 1865, Mallarmé annonçait ainsi l'œuvre nouvelle : « J'ai laissé Hérodiade pour les cruels hivers : cette œuvre solitaire m'avait stérilisé, et, dans l'intervalle, je rime un intermède héroïque, dont le héros est un Faune16. » Cet intermède héroïque, qui devait à l'origine comporter près de 400 vers, et plusieurs scènes, allait connaître bien des péripéties : refusé en septembre par le Théâtre-Français, faute de « l'anecdote nécessaire que demande le public17 », il fut sans doute provisoirement abandonné, avec la perspective d'être repris l'été suivant. Mais entre-temps survint la crise du printemps de 1866, et la profonde rénovation qu'elle induisit. Du Faune, il ne serait plus question - dans la correspondance qui nous est conservée du moins - jusqu'en 1875. À cette date en effet, Mallarmé, comme il l'avait fait pour la Scène d'Hérodiade en 1871, songea à donner la seule scène achevée au Parnasse contemporain dont la troisième série devait paraître en 1876. Ce fut, pour le Faune, le second refus, en raison de l'opposition toute particulière d'Anatole France, opposition qu'il motiva d'un « On se moquerait de nous ». À la suite de quoi Mallarmé remania le morceau pour le publier en édition de luxe, avec frontispice, fleurons et cul-de-lampe de Manet, sous un titre nouveau, L'Après-midi d'un faune.

Cette œuvre lumineuse et heureuse, qui donne toute la mesure de l'érotisme poétique, et que devait populariser encore en 1894 le Prélude de Debussy, est sans doute celle où s'illustre le mieux le désir du poète, émule du faune musicien, de reprendre à la musique son bien :

« J'y essayais de mettre, à côté de l'alexandrin dans toute sa tenue, une sorte de jeu courant pianoté autour, comme qui dirait d'un accompagnement musical fait par le poète lui-même et ne permettant au vers officiel de sortir que dans les grandes occasions18. » Cette musique n'est pas seulement affaire de rythme et de sonorité : la comparaison des états successifs du Faune montre le travail progressif de transposition et de musicalisation de l'anecdote mythique qui fait du poème, loin de tout réalisme, et pour la seule scène idéale de l'esprit, une pure fiction.

 

15 - Lettre à Lefébure du 30 juin 1865.
16 - Lettre à Cazalis du 15 ou 22 juin 1865.
17 - Lettre à Aubanel du 16 octobre 1865.
18 - Réponse à l'enquête de Jules Huret sur l'évolution littéraire.