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Lire la science /  Lire la Science : constitution, sélection et organisation
 

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La partie principale du livret se compose d’une série de fiches d’analyse d’ouvrages scientifiques, publiés à partir de 1970 en langue française, et destinés à un large public. Les traductions en ont été écartées au profit de textes originaux. En complément, une liste sélective de «classiques de la science» élargit l’aire éditoriale à la période antérieure à 1970 et à certaines grandes traductions. De plus, une liste d’ouvrages de référence (dictionnaires, encyclopédies) fournit des outils pour la recherche d’information.

Sélectionner moins d’une centaine de titres suppose des choix de plusieurs types. Un ensemble de critères est nécessaire, les uns pour évaluer l’intérêt d’un titre pris isolément, les autres pour juger de l’équilibre global du corpus. Mais il serait illusoire de prétendre éliminer par là tout arbitraire dans le choix définitif.

La constitution du corpus repose sur la notion de «livre d’auteur» et sur la qualité de «scientifique écrivain». Les titres retenus sont presque tous des essais scientifiques, au sens défini plus haut, et écrits par un seul auteur. À quelques exceptions près, qui correspondent à des livres «écrits à deux mains», on n’a choisi qu’un seul titre par auteur. En dehors des «scientifiques écrivains», issus de la recherche ou de l’enseignement scientifique, on trouve deux catégories d’auteurs. Les uns sont journalistes ou écrivains scientifiques, les autres sont philosophes, historiens ou sociologues.

L’unité du corpus est une unité de genre. On a choisi, au sein de la production d’un auteur, l’essai ou l’un de ses essais scientifiques. Reste de rares exceptions. C’est ainsi que le caractère technique des essais de René Thom nous a conduit à préférer l’ouvrage intitulé Paraboles et Catastrophes, qui se présente sous forme d’entretiens.

Livres d’auteur, essais scientifiques, ces choix s’accompagnent d’un critère de qualité portant sur l’écriture, la composition et l’originalité du propos. Ainsi, par exemple, dans le cas de Molécule la merveilleuse, de Lionel Salem, le critère d’écriture et d’originalité l’a emporté sur celui du genre (il s’agit plus d’un livre d’initiation que d’un essai scientifique).

La production de vulgarisation fait souvent appel à l’image, y compris dans les supports imprimés. Cela ne transparaît pas dans l’essai scientifique, genre essentiellement textuel dont la qualité repose presque entièrement sur l’écrit. La sélection comporte, toutefois, la biographie de Pasteur par Bruno Latour, qui est tout autant un beau livre qu’un essai.

Le choix du genre a ses conséquences sur la présentation des contenus scientifiques effectuée. Si les titres retenus couvrent les grands domaines des sciences de la nature, ils ne prétendent évidemment pas en former une encyclopédie mais plutôt un jeu de miroirs. Ceux-ci se répondent souvent au sein d’un même champ disciplinaire, et parfois de manière transdisciplinaire. D’autre part, les sciences descriptives ou les parties descriptives des sciences sont peu couvertes par le genre. Il en est de même pour les techniques. Seuls les sujets possédant une dimension philosophique et/ou un impact évident sur la société sont abordés. Les sujets relativement circonscrits (par exemple ceux traités par la belle collection «Vues des sciences» chez Carré) ou les sujets très marqués comme étant «de société» sont exclus de la sélection (par exemple les sujets scientifiques traités par la collection «Débats» chez Belin).

L’homogénéité de genre qui est à la base de notre sélection n’élimine pas ni la diversité des propos ni celles des modes d’exposition et des points de vue. La visée du projet interdisait de retenir des livres dont la lecture demandait un prérequis universitaire dans le domaine des sciences, comme par exemple l’ouvrage de Jean Dieudonné Pour l’honneur de l’esprit humain. Les mathématiques aujourd’hui. Néanmoins, les titres sélectionnés se répartissent selon une gamme assez large de niveau de lecture. Et ils présentent aussi, par ailleurs, de grandes différences de conception que l’on ne peut attribuer qu’au seul type de sciences traitée.

Certains de ces ouvrages ont marqué le champ culturel au moment de leur parution. D’autres ont connu une faible diffusion malgré leur intérêt et sont passés presque inaperçus des médias. Un retour en arrière permet de faire un tri dans cette production et de promouvoir des essais de qualité qui ont conservé leur pertinence malgré l’obsolescence d’une partie de l’information. Il est vrai que les avancées scientifiques imposent un réaménagement continu du paysage des sciences. Toutefois, ce réaménagement n’est jamais un bouleversement complet. Et même les révolutions scientifiques, qui changent le cadre explicatif d’une discipline, n’annulent pas les idées de la science ancienne. Il s’agit plus d’un dépassement que d’une substitution. L’essai scientifique prend la mesure de ces métamorphoses du savoir dans la durée. Il n’est pas concerné par la course à l’actualité scientifique et à l’exhaustivité. Ce que dit l’astronome Pierre Léna des contenus de formation pour les maîtres de l’enseignement primaire s’applique parfaitement au projet de transmission à l’œuvre dans l’essai scientifique: «Le savoir, à ce niveau, compte plus par sa saveur que par son contenu exhaustif. Le choix du genre rend possible une confrontation sur une période assez étendue car il résiste mieux à l’obsolescence que d’autres genres plus chargés de positivité. Cependant, les titres sélectionnés ne se répartissent pas également par année d’édition. Lire la science comprend les analyse d’une quarantaine d’essais publiés avant 1990. Les ouvrages sélectionnés les plus anciens font déjà figure de classiques, en ce sens que l’on peut toujours y revenir avec profit. Les autres, au statut intermédiaire, pourraient devenir les classiques de demain, y compris par le détour d’une nouvelle édition, ou bien prendre une place plus modeste dans l’histoire de la pensée dans le domaine considéré. La période récente est la mieux représentée, avec une cinquantaine de titres édités entre 1990 et 1997.

Le mode de classement des analyses est thématique. On les a regroupées en cinq grandes rubriques disciplinaires et une interdisciplinaire (»Science, culture et société«). Au sein de chacune, les ouvrages sont présentés par ordre chronologique (date de première édition). Les intitulés des rubriques disciplinaires s’inspirent de titres de livres importants. Pour quatre d’entre eux, les titres sont repris sans modification (»La Maîtrise du vivant« d’après François Dagognet, »La Fabrique du corps humain« d’après André Vésale, »La Matière-espace-temps« d’après Gilles Cohen-Tannoudji et »Les Technologies de l’intelligence« d’après Pierre Lévy), le cinquième (»La Terre, passé, présent, conditionnel«) est une paraphrase de L’Homme, passé, présent, conditionnel, d’André Langaney.