Si l'anthropologie structurale consiste à étudier les règles, notamment
dans les systèmes de parenté, ou les lois de fonctionnement de l'esprit humain,
à partir de l'étude des mythologies ou des rituels, il ne s'agit pas pour le
structuralisme d'apporter un message, ni même d'offrir une philosophie générale
de l'homme. Il s'agit de proposer une méthode pour l'observation des phénomènes
humains, afin de dégager, par l'analyse de certains aspects de la vie des hommes en socié
té, des lois dont la validité pourra être éprouvée sur d'autres exemples.
Le structuralisme a l'ambition d'être une méthode qui se rapproche de la connaissance
scientifique.
« Le structuralisme n'est pas responsable des abus qu'on commet si souvent en son nom.
Que nous soyons linguistes, historiens, ethnologues, nous travaillons tous dans des domaines bien
délimités. Le structuralisme sainement pratiqué n'apporte pas un message, il ne
détient pas une clé capable d'ouvrir toutes les serrures, il ne prétend pas formuler
une nouvelle conception du monde ou même de l'homme ; il se garde de vouloir fonder une
thérapeutique ou une philosophie. Nous nous considérons plutôt comme des artisans
laborieux, penchés sur des phénomènes trop menus pour exciter les passions humaines,
mais dont la valeur vient de ce que, saisis à ce niveau, ils pourront peut-être un jour faire
l'objet d'une connaissance rigoureuse. »
Le Monde, 13 janvier 1968.