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Claude Lévi-Strauss / L'univers de la règle
 

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Peut-être était-ce la même préoccupation qui animait son premier grand livre, les Structures élémentaires de la parenté. Au début du livre, Lévi-Strauss s'interroge sur l'universalité de la prohibition de l'inceste. Refusant de définir cette prohibition comme un fait biologique ou comme un fait social, comme un fait de nature ou comme un fait de culture, il va proposer une théorie dynamique qui définira la prohibition de l'inceste comme la démarche fondamentale par laquelle s'accomplit le passage de la nature à la culture. «

La prohibition de l'inceste est le processus par lequel la nature se dépasse elle-même ; elle allume l'étincelle sous l'action de laquelle une structure d'un nouveau type, et plus complexe, se forme et se superpose, en les intégrant, aux structures plus simples de la vie psychique, comme ces dernières se superposent en les intégrant, aux structures, plus simples qu'elles-mêmes, de la vie animale. Elle opère et par elle-même constitue, l'avénement d'un ordre nouveau. » A partir de cette réflexion, Lévi-Strauss définit le passage de la nature à la culture par l'institution de règles : la culture, c'est l'univers des règles. Et ce sont ces règles qui forment l'objet d'étude de l'ethnologue. L'étude des systèmes de parenté consistera dès lors à mettre au jour les règles qui président aux jeux de l'alliance matrimoniale dans les sociétés primitives, règles qui régissent les conduites individuelles, de la même manière que l'étude linguistique -que Lévi-Strauss a prise pour modèle -voulait étudier les règles inconscientes qui régissent le langage et s'imposent à tous les sujets parlants.

« Le problème de la prohibition de l'inceste n'est pas tellement de rechercher quelles configurations historiques, différentes selon les groupes, expliquent les modalités de l'institution dans telle ou telle société particulière. Le problème consiste à se demander quelles causes profondes et omniprésentes font que, dans toutes les sociétés et à toutes les époques, il existe une réglementation des relations entre les sexes. Vouloir procéder d'une autre manière serait commettre la même erreur que le linguiste qui croirait épuiser, par l'histoire du vocabulaire, l'ensemble des lois phonétiques ou morphologiques qui président au développement de la langue. »

Les Structures élémentaires de la parenté, Mouton, 1967.