Publications et écrit

 Retour à la liste
des thèmes

La Nouvelle française contemporaine /  Le Festival de la nouvelle de Saint-Quentin
 

 précédent

Créé en 1985 à l’initiative de Martine Grelle, alors conservateur de la bibliothèque municipale de Saint-Quentin, le Festival de la nouvelle de Saint-Quentin est un festival de taille moyenne, subventionné par divers fonds publics, ce qui l’a rendu imperméable à la crise de l’édition des années 1991-1994.

Le Festival de la nouvelle de Saint-Quentin, qui a lieu chaque année au printemps, présente deux caractéristiques qui le distinguent des nombreux festivals, salons et foires du livre en France: il s’appuie d’une part sur l’écrit, en demandant une nouvelle inédite à chaque auteur invité, et d’autre part sur la rencontre de chaque auteur, dans les établissements scolaires, avec une classe, qui a préalablement étudié la nouvelle avec son professeur. Initialement, l’idée était un écrivain, un enseignant, une classe: faire découvrir aux élèves de Saint-Quentin et de la région des auteurs vivants, par le truchement d’une nouvelle, dont le format court permet un accès aisé à une œuvre (en 1985, les envois d’écrivains dans les établissements scolaires étaient encore très rares). Par ailleurs, un salon fixe accueille les stands d’éditeurs et de revues où le public rencontre les auteurs comme dans un salon du livre normal, avec diverses animations.

Si les moyens d’action et les formes du festival ont pu évoluer, l’objectif reste le même: favoriser la lecture de la nouvelle, en éditant chaque année une liasse de nouvelles inédites, sollicitées à la fois auprès de noms confirmés et d’auteurs débutants, sans distinction de genre (y compris policier, science-fiction ou jeunesse), et en instaurant des rencontres entre ces écrivains et le public, surtout scolaire.

Les nouvelles inédites des écrivains invités ont été au départ imprimées sur papier journal en format tabloïd, et illustrées, pour s’inscrire dans la tradition française ou anglo-saxonne de la presse du XIXe siècle. De 1985 à 1999 quatre cent soixante-dix-neuf nouvelles ont été tirées à plus de quatre mille exemplaires, et diffusées gratuitement en liasses dans la ville. La maquette s’est ensuite modifiée: le format tabloïd sur papier journal s’est transformé en plaquette sur vergé ivoire, à couverture illustrée, et la liasse de journal est devenue coffret de plaquettes.L’ouverture à l’étranger est demeurée un choix essentiel. La liasse donne chaque année à lire une nouvelle d’un auteur étranger invité, en langue originale et en traduction. Cette présence extra-francophone, inaugurée par Raymond Carver, a permis la venue, entre autres, d’Antonio Tabucchi, de Muriel Spark, ou de Juan-José Millas. De nouveaux auteurs, des collections de nouvelles se sont fait connaître au festival, qui réserve une place essentielle aux revues de nouvelles, vivier d’auteurs à découvrir.

Entre 1985 et 1999, près de deux cents écrivains sont venus à Saint-Quentin. D’une grosse trentaine au début, le nombre d’écrivains invités ou réinvités est monté à cinquante ou soixante (invitations d’écrivains francophones). Depuis 1996, une nouvelle formule a réduit leur nombre à une vingtaine, en rotation, principalement d’auteurs de recueils parus dans l’année, et installé le festival sur la place de l’Hôtel-de-Ville, sous des tentes où les classes viennent désormais rencontrer les auteurs, et où les débats et rencontres avec le public ont lieu.

Plusieurs prix sont décernés ou accueillis par le festival, au premier chef la Bourse Goncourt de la Nouvelle, récompensant un recueil paru dans l’année, qui est proclamée par des membres de l’académie Goncourt. Quant aux prix décernés par le festival, le Prix du Jeune nouvelliste, qui s’appuie sur la lecture de la presse, est attribué dans sept catégories d’âge. Et le Prix de la nouvelle de la Ville de Saint-Quentin, doté de dix mille francs (mille cinq cents euros environ), récompense un recueil inédit. La majorité de ses lauréats ont ensuite été publiés en revues ou édités en recueils.

Le Festival de la nouvelle de Saint-Quentin peut se prévaloir de son rôle précurseur et de son efficacité dans la reconnaissance de la nouvelle. Conséquence non prévue, il a favorisé la formation d’un milieu de nouvellistes: cela a été particulièrement possible les années où les auteurs réinvités se retrouvaient d’une année l’autre, et lisaient mutuellement aussi bien leurs nouvelles que leurs interviews sur leur travail, effectuées par des journalistes intéressés de La Voix du Nord dans le Supplément de l’édition locale consacré au festival.

Depuis 1998, le Festival de la nouvelle s’est transformé en Festival de la nouvelle et du conte. Il se renouvelle ainsi par sa thématique, en s’interrogeant sur ce qui peut unir toutes les formes de récits brefs.