Les deux décennies 1960-1970 ont été lépoque
du marxisme, du freudisme et du structuralisme. Cest l«ère
du soupçon» et de la «nouvelle critique», qui a pu sappuyer
sur des nouvelles ou contes des siècles passés (Boccace, Balzac)
pour formaliser des modèles de récits, mais qui a délaissé
ce type duvres dans la production contemporaine.
Le tournant des années quatre-vingt, qui voit le reflux des avant-gardes
et la remise en question des formes expérimentales, voit aussi le «paysage
intellectuel» changer. La disparition des maîtres à penser quétaient
Jean-Paul Sartre, Roland Barthes puis Michel Foucault, de même que la fin
des systèmes idéologiques, sonnent la fin de ce quon appelle
la «modernité», que lhypothèse de la «post-modernité»
(1979, Jean-François Lyotard) renvoie au passé. On est dans le post-marxisme,
le post-freudisme, le post-structuralisme. Des revues, dont Le
Débat (1980) de Pierre Nora, naissent, et les revues structuralistes
(Change; Tel Quel) changent
doptique et de nom (1983: Change International;
LInfini).
Cest un changement de rapport de forces. La littérature est plus
forte que le «philosophisme». Dans les uvres des écrivains,
le retour du récit (affirmé par le philosophe Paul Ricur en
1984) après quon lait considéré pendant deux
décennies comme une «notion périmée», saccompagne
du retour de la question du sujet, avec un essor de lautobiographie y compris
chez les Nouveaux Romanciers. On assiste aussi au retour de lauteur, des
intrigues, des personnages, et du plaisir de la fiction. La littérature
se dégage en partie du calibre du roman. Des revues littéraires
naissent, qui marquent ce changement: Roman (1982,
grande pourvoyeuse de nouvelles et de textes courts), Brèves
(1980), Nouvelles nouvelles (1986), etc. Écrire
aujourdhui (1985), État des lieux
(1982), composés principalement de nouvelles constatent ce repositionnement
des enjeux.
Ce retour au récit et au romanesque nest pas forcément en
1980 une «révolution conservatrice», comme le dit aujourdhui
Pierre Bourdieu, imputable à la concentration capitalistique dans lédition,
tournée vers la demande et la rentabilité maximale. Car cest
quelques années plus tard, vers la fin des années quatre-vingt que
le pouvoir dans les maisons dédition basculera massivement des textes
à largent et de léditorial à la gestion commerciale.
Ainsi, la fiction brève connaît dès le début des années
quatre-vingt une vitalité et une richesse que des observations aussi concordantes
que nombreuses ont relevées, nouvelles ou textes courts en recueils, uvres
de format novella: nouvelles brèves ou longues, inclassables de tous ordres.