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Victor Hugo et ses contemporains / Tombeau de Hugo
 

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Hugo est l’archétype de miroir grandiose et en forme de cœur et de résultat où s’interroge la notoriété de quelques-uns de nos contemporains. Ceci doit lui être compté.

René Char, Le Figaro littéraire, 23 février 1952

La figure de Hugo, insaisissable et irréductible, suscite, parfois même plus que son œuvre, bien des commentaires, tous caractérisés par leur virulence, admiration ou rejet s’y exprimant de manière «colossale». Les funérailles de cet auteur déjà sacralisé de son vivant, véritable apothéose, ne sont pas sans révolter certains de ses contemporains, comme Huysmans, qui exprime son désappointement: «J’ai mélancoliquement pensé à l’enterrement du pauvre Flaubert où nous étions quatre pelés et un tondu – et à celui de Baudelaire, suivi de quelques amis à peine. Il est vrai que ceux-là n’avaient point soulevé les testicules de la démocratie et que le côté bonne d’enfant et patriarche leur manquait.»1

Les attaques ne vont pas tarder à se déchaîner. En 1887, si Leconte de Lisle loue Hugo dans son Discours de réception à l’Académie française, Alexandre Dumas fils et Anatole France, eux, s’insurgent contre le culte abusif rendu au poète disparu: «La gloire du poète dont on a mené hier la dernière pompe funèbre traverse un moment difficile et critique. L’enthousiasme, lassé par un excessif effort de quinze années, retombe. On croyait qu’un si grand poète avait pensé davantage. […] Il vécut ivre de sons et de couleurs, et il en soûla tout le monde. Tout son génie est là: c’est un grand visionnaire et un incomparable artiste. C’est beaucoup. Ce n’est pas tout.»2 Jules Lemaître, qui, dans un article au titre évocateur, «Pourquoi lui?»3, dénonce cette gloire abusive éclipsant d’autres poètes non moins fameux comme Musset, Vigny ou encore Lamartine, s’inscrit dans la même lignée: «Nous ne devons à Victor Hugo aucune façon nouvelle de penser – ni de sentir.»

Lors du centenaire de Hugo, en 1902, c’est au tour de Maurras de vitupérer: «C’est une décadence de l’art poétique français que Hugo représente.»4 Pour lui la «maladie hugolienne» a «encanaill[é]» la littérature: «De tous les écrivains de son temps, Hugo est celui dont les moyens, un peu voyants, correspondaient le mieux à la rusticité des nouveaux lecteurs.» Cette même année, dans l’enquête menée par la revue L’Ermitage5, nombreux son ceux qui prennent leurs distances et, si Hugo est le plus fréquemment cité il est avant tout extrêmement contesté: «André Gide. – Hugo, – hélas!»

Dans les années 1910, Péguy, qui témoigne dans son «Victor-Marie, comte Hugo»6, d’une connaissance parfaite de l’œuvre, inverse cette tendance. Bien que condamnant le romantisme, il reconnaît le génie poétique de Hugo: «Il était grand comme l’antique, fort comme l’antique, auguste comme l’antique, neuf et nouveau comme l’antique.»7 Et le cinquantenaire de la mort de Hugo va être l’occasion d’un réel retour de faveur, notamment avec Léon-Paul Fargue: «L’auteur du Satyre a comme autorisé le parnasse, le Symbolisme, la poésie industrielle, la publicité, la Tour Eiffel, Dada, le Surréalisme et les dérivés d’Apollinaire. […] Hugo, c’est le tableau électrique de la poésie moderne avec toutes ses manettes.»8 Paul Valéry prend, lui aussi, le contre-pied de la critique traditionnelle, voyant dans la perfection formelle du poète, non pas un excès au détriment de la pensée, mais le secret de sa longévité9: «Le problème capital de la littérature depuis 1840 jusqu’en 1890 n’est-il pas: Comment faire autre chose que Hugo?»10

En 1952, année anniversaire de la naissance de Hugo, Mauriac répondant à l’enquête de Liberté de l’esprit dira: «[Il] commence à peine à être connu. Le voilà au seuil de sa vraie gloire. Son purgatoire est fini».

notes
1. Lettre à Jules Destrée du 3 juin 1885.
2. Anatole France, compte rendu du discours d’Alexandre Dumas fils recevant Leconte de Lisle à l’Académie, Le Temps.
3. Paru dans La Revue bleue, 1887.
4. «Pendant la fête», 17 novembre 1901.
5. «Les poètes et leur poète», février 1902.
6. Premier cahier de la douzième série des Cahiers de la quinzaine, 23 octobre 1910.
7. Dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle, 1909.
8. «Le Vieux Dieu», Nouvelles littéraires, 20 avril 1935.
9. Lettre à Paul Souday, octobre 1923.
10. Victor Hugo créateur par la forme, 1935.