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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Zola
 

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Les républicains romantiques se moquent du bon sens, des sciences modernes, de l’analyse exacte, de la méthode expérimentale, de ces outils puissants qui sont en train de refondre les sociétés.

Zola, Mes haines

Même si Zola avoue placer Musset au-dessus de tous les autres poètes du siècle, il n’en est pas moins sensible à la poésie de Hugo, qu’il découvre dans sa jeunesse avec Les Châtiments. La poésie hugolienne remporte son adhésion par sa dimension doublement contestataire: sursaut salvateur de révolte contre la tyrannie, elle ouvre aussi à la modernité par le renouvellement constant du vers et du rythme. Le 8 septembre 1860, il envoie une lettre au poète exilé avec une pièce de vers, missive qui reste sans réponse.

Leurs conceptions de la littérature les opposent diamétralement. Pour Zola, c’est Balzac qui incarne la vraie modernité romanesque. En effet, les naturalistes faisant œuvre scientifique dans ce laboratoire qu’est pour eux le roman, Zola reproche à Hugo son absence totale de méthode et le primat qu’il accorde à l’imagination et à la fantaisie poétiques. Hugo, par sa «philosophie étrange, une philosophie de poète», n’œuvre pas pour le progrès, et se complaît dans la création d’une «terre imaginaire que son sens créateur, excité par la lutte, a rendue de plus en plus bizarre»1. «Ézéchiel campagnard», posant au «poète apocalyptique», Hugo reste un poète de «l’effarement», celui d’«une parole confuse, étrange et heurtée»2. Pourtant, ce sont précisément ce souffle inspiré et cette puissance que Zola célèbre en 1869 dans deux comptes rendus élogieux de L’homme qui rit3, après en avoir découvert quelques extraits avant parution.

Zola ne s’opposera pas à Hugo sur le seul plan littéraire; ainsi, en juin 1871, il met en cause de façon virulente sa position trop conciliante pendant la Commune: «Bon Dieu ! Que de bêtises fait commettre l’orgueil, le désir chronique d’étonner l’univers, la volonté arrêtée de penser autrement que les autres ! […] Je connais bien les raisons de son amour pour les galériens: il se prouve sa divinité en daignant descendre dans les cloaques de cette terre.»4

notes
1. Mes haines.
2. Ibid.
3. Parus en 1869 dans Le Gaulois.
4. Article paru dans Le Sémaphore de Marseille du 6 juin 1871.