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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Vigny
 

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Partout vous, toujours vous, toujours la couleur éclatante, toujours l’émotion profonde, toujours l’expression vraie pleinement satisfaisante, la poésie toujours.

Vigny, lettre à Hugo du 9 février 1829

Hugo et Vigny se rencontrent dès 1820 par l’entremise de Deschamps, ami d’enfance de Vigny et compagnon de Hugo au salon de Nodier. Les deux hommes font rapidement œuvre commune pendant les années d’effervescence du jeune romantisme et Vigny, naturellement, va compter parmi les défenseurs d’Hernani. Il participe au Conservateur littéraire, créé par Hugo et ses frères, puis à La Muse française.

Une étroite camaraderie les lie. Vigny est le témoin de Hugo à son mariage en 1822 et, l’année suivante, à l’annonce du départ de son régiment pour l’Espagne où la guerre sévit, Vigny fait de Hugo son exécuteur testamentaire, le chargeant de publier ses œuvres «au cas où les boulets ne respecteraient pas le poète». Hugo se plaît à souligner leur parfaite complémentarité: «Notre pensée coïncide souvent, cher Alfred, nos esprits se sont déjà maintes fois rencontrés autour de la même idée; je vous aime un peu à cause de cela. Vous savez que j’ai pris le XVIIe siècle où vous l’avez quitté, et que j’ai fait du dernier mot de votre roman le premier de mon drame»1. Les éloges réciproques abondent. Mais cette idylle est cependant émaillée de quelques crises, dues notamment aux Sainte-Beuve et autres critiques qui tentent de les entraîner dans une rivalité littéraire. Ainsi, dès 1829, une cabale est lancée contre Hugo, l’accusant d’intriguer pour monter Hernani avant Othello, ce dont l’intéressé se défend vigoureusement. Puis Vigny va laisser échapper son dépit face aux jugements désobligeants de la critique, subordonnant l’ensemble de la production littéraire à Hugo2.

L’exil, la disgrâce et leurs divergences d’ordre politique les mèneront enfin à la rupture, car le dévouement de Vigny à l’empereur lui interdit de souscrire davantage à la cause de l’auteur de Napoléon le Petit. Et, en 1854, Vigny va jusqu’à renier le «poète très grand à [ses] yeux» des débuts en contestant farouchement la décision de Villemain de lire quelques vers des Contemplations à l’Académie française.

notes
1. Lettre du 8 février 1827.
2. «Drame, roman, poésie, tout relève aujourd’hui de cet écrivain.» (Gustave Planche, La Revue des Deux-Mondes, 1er novembre 1832).