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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Verlaine
 

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Nul parmi vos flatteurs d’aujourd’hui n’a connu / Mieux que moi la fierté d’admirer votre gloire: / Votre nom m’enivrait comme un nom de victoire, / Votre œuvre, je l’aimais d’un amour ingénu.

Verlaine, «À Victor Hugo en lui envoyant Sagesse», Amour.

Les œuvres de Verlaine témoignent de l’influence considérable de Hugo. Et quand Verlaine, âgé de quatorze ans, compose ses premiers vers, c’est à Hugo qu’il les envoie. Tout au long de sa carrière, il transmet consciencieusement ses œuvres au «maître habile», recevant ses éloges pour les Poèmes saturniens1 et Les Fêtes galantes, qui s’inscrivent dans la lignée des Chansons des rues et des bois. Leur relation dépasse le simple cadre individuel et s’inscrit dans celui, plus large, de la stratégie littéraire. Ainsi, si elle peut être pour Verlaine un passage obligé, pour Hugo, notamment lors du séjour à Bruxelles, elle est un moyen de rester présent au cœur de l’actualité littéraire.

Il n’y a pas d’hugolâtrie chez Verlaine. Tout en reconnaissant le génie hugolien, il n’hésite pas à dénoncer vigoureusement ses faiblesses, surtout à partir des œuvres de l’exil. Elles sont dues, pour lui, à l’affectation républicaine de Hugo et à ses «déclamations de tribun bourgeois faisant le populaire». Un chapitre des Mémoires d’un veuf, «Lui toujours — et assez», témoigne de l’omniprésence de Hugo et de la volonté de Verlaine de s’affranchir de cette tutelle, surtout lorsqu’elle donne lieu à des critiques comme celle de Barbey d’Aurevilly: «Sans le talent net de M. Baudelaire, avec des reflets de M. Hugo et d’Alfred de Musset, ici et là, tel est M. Verlaine. Pas un zeste de plus !»2

Si Verlaine poursuit bien la réforme poétique entamée par Hugo en disloquant encore plus radicalement le vers, son Art poétique consacre sa prise de distance.

Il affirme vouloir «tordre le cou à l’éloquence» et dénonce ainsi l’emphase lyrique, le sacre de l’inspiration et la conception d’un vers élaboré pour agir sur les foules. La revendication toute parnassienne par Verlaine de cet art poétique condensé inspirera au «sublime et doux roublard» ceci: «être inspiré, c’est beau; être ému, c’est grand.»3

notes
1. «Vous avez le souffle. Vous avez le vers large et l’esprit inspiré.» (Lettre de Hugo du 22 avril 1867).
2. Le Nain jaune du 9 novembre 1866.
3. Lettre du 16 avril 1869.