Publications et écrit

 Retour à la liste
des auteurs

Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Sainte-Beuve
 

 précédent | suivant 

Quant à Hugo de qui je reconnais avoir tant appris pour l’art des vers, je crois aussi ne pas lui avoir été tout à fait inutile par mon exemple.

Sainte-Beuve, à propos des Feuilles d’automne, Journal

Sainte-Beuve, avant de devenir le sigisbée de l’épouse de Hugo, Adèle, entre en relation avec lui en 1824, alors qu’il dirige Le Globe et qu’il y présente les Odes et Ballades d’un «jeune barbare». Leur relation évolue rapidement et Hugo s’impose très vite comme mentor auprès de Sainte-Beuve, présidant à sa conversion romantique et l’encourageant dans ses velléités poétiques1. Lorsque, en 1830, le recueil des Consolations paraît, la pièce XXIII place l’œuvre sous les auspices de Hugo2.

Mais leur relation se dégrade vite et Sainte-Beuve se fait le complice de nombreuses cabales montées contre Hugo, qui le surnomme «Sainte-Bave» dans un vers des nouveaux Châtiments. L’article, dans lequel il affirme que Hugo «croit à la grandeur parce qu’il croit en la sienne»3 est une véritable déclaration de guerre; et le fossé se creuse encore lorsque Hugo, entré le premier à l’Académie, s’oppose à l’élection de Sainte-Beuve. Après leur rupture définitive, à partir de 1835, même si Sainte-Beuve se refuse obstinément à écrire sur l’œuvre de Hugo, son rival, à la fois en amour et en poésie, reste omniprésent dans son journal. Sainte-Beuve s’attache à y minimiser l’apport de Hugo en se prévalant d’une flatteuse influence, comme il l’écrit à propos des Feuilles d’automne: «[…] les Consolations, en effet, ont précédé Les Feuilles d’automne, dans lesquelles le poète, en gardant sa force et son éclat, a introduit plus de familiarité et de tendresse qu’il n’avait coutume de le faire jusque-là.»4

Pour Sainte-Beuve, la force de Hugo est davantage de l’ordre de la bizarrerie et de l’incohérence que du génie, et il n’apprécie son œuvre que lorsqu’il oublie de faire de lapoésie et «n’a pas à sortir de lui-même»5. Il condamne également l’excès d’attention porté à la forme, qui entraîne la mise en échec de l’art, et la lourdeur rhétorique: «Hugo a du grossier et du naïf», affirme-t-il en 1847. Manifestant des goûts plutôt classiques, Sainte-Beuve n’adhère pas non plus au drame hugolien, qui lui paraît totalement dépourvu de naturel et de vérité.

notes
1. Sainte-Beuve en témoigne dans ses Portraits contemporains: «Une période enthousiaste de trois années commença pour moi (1827-1830); elle acheva de se consacrer dans mon culte intérieur par le recueil des Consolations qui est resté à mes yeux comme le sanctuaire ardent et pur des plus belles heures de ma jeunesse.»
2. «Votre génie est grand, Ami; votre pensée / Monte, comme Élysée, au char vivant d’Élie; / Nous sommes devant vous comme un roseau qui plie; / Votre souffle en passant pourrait nous renverser.»
3. Revue des Deux-Mondes, 1er janvier 1834.
4. Journal, 1835.
5. Premiers Lundis.