
Hugo, trop cabochard, a du bien VU dans les derniers volumes: Les Misérables sont un vrai poème. Rimbaud, lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871 Ils ne semblent pas avoir été en contact, mais le Rimbaud des jeunes années apparaît bien influencé par Hugo. Il découvre Les Misérables et Notre-Dame de Paris, au grand dam de sa mère1, par l’intermédiaire de son professeur Izambard. La fougue révolutionnaire de Rimbaud s’exalte également à la lecture des Châtiments, alors interdits par la censure. Mais c’est à Théodore de Banville qu’il envoie ses premiers poèmes en mai 1870, sollicitant leur publication dans Le Parnasse contemporain, demande qui se heurte à un refus.L’influence de la poésie hugolienne est perceptible dans certaines de ses pièces, par exemple Le Forgeron, inspiré de La Légende des siècles, dans lequel Rimbaud exprime son idéal révolutionnaire et sa foi en l’avenir de l’humanité. Mais il va rapidement parodier et subvertir le modèle. Le Châtiment de Tartuffe est exemplaire de cette attitude ironiquement distanciée. Il est l’occasion pour Rimbaud de descendre Hugo de son piédestal, en le peignant sous les traits du Méchant qui, s’il démasque Napoléon, s’érige en unique juge2. Cette réserve croissante vis-à-vis de Hugo est également perceptible dans la lettre à Paul Demeny, du 15 mai 1871, dans laquelle il expose sa conception de l’art poétique, expliquant que «le poète doit se faire voyant». Rimbaud se démarque de la première génération des romantiques, «voyants» comme par inadvertance, «sans trop bien s’en rendre compte». Néanmoins, il est à remarquer, dans cette même lettre, que son entreprise poétique est justifiée par un emprunt à L’homme qui rit, à travers l’allusion à la figure des «comprachicos»: si le poète peut devenir voyant, c’est par intériorisation du travail poétique, en travaillant sur lui-même pour se faire «l’âme monstrueuse».
1. «[…] il est une chose que je ne saurais approuver, par exemple la lecture du livre comme celui que vous lui avez donné il y a quelques jours, Les Misérables, V. Hugot. Vous devez savoir mieux que moi, monsieur le Professeur, qu’il faut beaucoup de soin dans le choix des livres qu’on veut mettre sous les yeux des enfants. Aussi j’ai pensé qu’Arthur s’est procuré celui-ci à votre insu, il serait dangereux de lui permettre de pareilles lectures.» (Lettre de Madame Rimbaud à Izambard du 4 mai 1870). 2. Steve Murphy, Rimbaud et la Ménagerie impériale, CNRS éditions, Presses universitaires de Lyon, 1992. | ||||
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