
Ses odes, ses romans et ses drames sont écrits avec des mots et ne relèvent ni de l’intelligence ni du cœur. Planche, à propos de Hugo, Portraits littéraires Gustave Planche, critique à L’Artiste puis à la Revue des Deux-Mondes, offre un magnifique exemple de l’hugophobie qui agita le monde littéraire à l’époque romantique: Hugo incarnait, selon lui, la décadence de la littérature.C’est Sainte-Beuve qui l’introduit auprès de Hugo en 1828, afin qu’il serve de traducteur pour un Anglais chargé de graver La Ronde du Sabbat de Boulanger, pour illustrer le recueil des Odes et Ballades. L’intimité qui s’établit entre les deux hommes est éphémère et, très rapidement, Planche va construire sa carrière contre Hugo, illustrant à merveille la formule lapidaire de Gautier sur l’impuissance créatrice du critique1 (son roman Béatrice Diodati restera inachevé). Même quand, à ses débuts, il juge Vigny pour son roman Cinq-Mars, il en revient une fois encore à Hugo et à Marion de Lorme: «Monsieur de Vigny s’est arrêté à la comédie; Monsieur Hugo touche à la caricature.»2 Les jugements négatifs se multiplient dans ses Portraits littéraires, il décrit Les Feuilles d’automne comme «une noble tentative, mais une tentative avortée», et, dès 1838, il exhorte Hugo à se ressaisir, car sa gloire lui semble vouée à décliner inéluctablement: «Monsieur Victor Hugo touche à une heure décisive. Il a maintenant trente-six ans et voici que l’autorité de son nom s’affaiblit de plus en plus. […] Quant aux œuvres qu’il a signées de son nom depuis vingt ans, il faut qu’il se résigne à les voir disparaître bientôt sous le flot envahissant de l’oubli.» Hugo ne s’y trompe pas et voit dans cet acharnement une arme de publicité. Madame des Genettes, en 1837, rapporte ces propos de Hugo sur Planche: «Ne le haïssez pas, me dit-il froidement, il n’en est pas digne, c’est un chien qu’on ne nourrit qu’à condition qu’il aboiera, qu’il hurlera, qu’il tentera de mordre, c’est un manœuvre qui a faim et qu’on paie, c’est un homme qui doit souffrir quand il pense aux autres et plus encore quand il pense à lui»3. À la mort du critique, Hugo note dans son Carnet: «On m’annonce la mort de Gustave Planche. C’est un ennemi que je perds. Je supporterai cette perte.»
1. Dans la revue L’Artiste. 2. «Une chose certaine et facile à démontrer à ceux qui pourraient douter, c’est l’antipathie naturelle du critique contre le poète, – de celui qui ne fait rien contre celui qui fait, – du frelon contre l’abeille, – du cheval hongre contre l’étalon.» (Mademoiselle de Maupin). 3. «Madame Roger des Genettes: Une visite à Victor Hugo», Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1837. | ||||
|
|