
Quand à vingt-sept ans on a fait secte, il est bien rare qu’on puisse se rendre encore aux froides représentations de la raison. Lettre de Nodier à Lamartine du 11.01.1830 L’amitié entre Hugo et Nodier se noue aux alentours de 1823, à la suite d’un article de ce dernier dans La Quotidienne du 12 mars 1823, revue n’ayant pourtant pas pour ambition de défendre les romantiques. Dans cet article, il loue Hugo en le comparant à l’illustre Walter Scott, même s’il y qualifie Han d’Islande de «jeux barbares d’une imagination déréglée». Leurs relations vont se faire encore plus étroites avec la création du Cénacle, chez Nodier à l’Arsenal.Mais, à partir de 1827, la rupture s’amorce, avec la publication par Hugo de la préface de Cromwell: en effet, dans un article du Mercure du XIX e siècle, un critique anonyme, qui pourrait bien être Nodier1, dénonce les défauts du drame: «Au total des critiques, que le système de l’auteur soit né de son ouvrage ou son ouvrage de son système, nous pensons que ce n’est pas là un bon livre.» Critique sans appel, même si Nodier reconnaît par ailleurs la valeur de l’auteur: «M. Hugo est donc un homme sans talents? Hélas ! Non, messieurs, nous qui tranchons les mots, nous vous dirons même que c’est un homme de génie, et comme pour la critique, nous vous apporterons «Cromwell», en preuve de nos éloges.» À partir de 1828, Hugo cesse de paraître aux soirées de l’Arsenal. Nodier, lui, est absent lors de la lecture de Marion de Lorme, et s’il est aux côtés de Hugo pour Hernani, il récuse le procédé «ignoble» et «honteux» de la claque destinée à garantir le succès de la pièce. Peu après, il va écrire un article sur la poésie de Byron et de Moore, dans lequel l’auteur des Orientales se sent directement visé: «À la vérité, nos Orientalistes, s’ils ont produit quelque chose, n’ont rien produit qui approchât des admirables compositions de ces beaux génies.»2 Hugo, mortifié, répond dès le lendemain. Le peu de solidarité manifesté par Nodier s’explique sans doute par ses ambitions académiques, affichées dès 1824, qui l’empêchent de louer trop ouvertement celui qui ne cesse de railler l’institution.
1. P.-A. Charles, «Charles Nodier et Victor Hugo», Revue d’histoire littéraire de la France, no 4, octobre-décembre 1932. 2. Article du 1er novembre 1829 paru dans La Quotidienne. | ||||
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