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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Musset
 

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Des distiques piquants, des hymnes sublimes, de gracieux dithyrambes, de pieuses élégies, des drames chevelus, des romans crépus, des vaudevilles poudrés et des tragédies chauves.

Musset, à propos de Hugo, Histoire d’un merle blanc

Camarade de Paul Foucher, frère d’Adèle Hugo, Musset fait son apparition au sein du Cénacle en 1828, fort de deux ballades, La Nuit et Le Rêve, dans lesquelles il s’essaie à une virtuosité rythmique qui n’est pas sans rappeler celle de Hugo.

Mais Musset prend très rapidement ses distances: le culte porté à Hugo par les jeunes écrivains de sa génération l’exaspère. Pour lui, l’indépendance est nécessaire au poète, la notion même d’école a été rendue caduque par les revendications de liberté du romantisme, et la poésie ne se conçoit que dans un rapport strictement intime du «je» créateur à son œuvre. Dans deux poèmes, Mardoche et Namouna1, parodiant Les Orientales, Musset raille la fureur de la couleur locale, répandue à profusion et sans discernement. Ailleurs il condamne le goût de Hugo pour le laid ainsi que ses préoccupations politiques et sociales: «Si la littérature veut exister, il faut qu’elle rompe en visière à la politique. Autrement, toutes deux se ressemblent et la réalité vaudra toujours mieux que l’apparence.»2 De plus Musset abhorre les «versificateurs, les artistes en vers», tous ces poètes que Hugo, par son souci de la perfection formelle, incarne sous les traits du «grand poète Kacatogan» dans l’Histoire d’un merle blanc. Pour Musset, ces artifices dénaturent l’émotion et déforment la pensée, qu’il faut au contraire s’efforcer de restituer dans toute sa pureté. Il revendique ainsi spontanéité et illogisme dans la création, affirmant: «Mon premier point sera qu’il faut déraisonner»3.

Cette révolte de Musset s’inscrit dans une stratégie explicite de contestation, sinon anti-hugolienne, du moins antiromantique.4

notes
1. Contes d’Espagne et d’Italie.
2. Troisième Revue fantastique, 1831.
3. Après une lecture, 1842.
4. «Tu verras des rimes faibles […]. J’ai eu un but en les faisant, et sais à quoi m’en tenir sur leur compte. Mais il était important de se distinguer de cette école rimeuse, qui a voulu reconstruire et ne s’est adressée qu’à la forme, croyant rebâtir en replâtrant.» (Lettre à son oncle Guyot-Desherbiers, janvier 1830).