Publications et écrit

 Retour à la liste
des auteurs

Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Leconte de Lisle
 

 précédent | suivant 

On ne fera pas de cet aigle un volatile de basse-cour; on n’attellera pas ce lion à l’omnibus littéraire. Le prétendu orgueil du poète n’est autre chose, au fond, que l’aveu pur et simple qu’il est Victor Hugo.

Leconte de Lisle, Discours de réception à l’Académie française

Désigné par Hugo lui-même comme son successeur à l’Académie, Leconte de Lisle témoigne de son admiration pour le maître dans son Discours de réception1 ainsi que, entre autres, dans un article de la série «Les poètes contemporains»2.

Dans ces différents écrits, occasion pour lui de s’affirmer comme le chef de file du Parnasse, il souligne sa dette à l’égard de l’incontestable génie de Hugo, qui fut à l’origine de la réforme du langage poétique français en lui conférant «vigueur», «souplesse» et «éclat». «Il était, du reste, impossible que Victor Hugo cessât un moment d’être poète, l’eût-il voulu.»3 Sa poésie, d’une «facture parfaite», ne peut que satisfaire à l’exigence formelle des parnassiens, d’autant plus qu’elle se consacre entièrement à la quête et à la traduction du beau: «L’œuvre de cet homme, à qui nous devons tant, nous tous qui possédons l’amour du beau et la haine solide de la platitude et de la banalité, […] nous offre le spectacle d’un esprit très mâle et très individuel, se dégageant de haute lutte, et par bonds, des entraves communes.»4 Hugo, «force vivante, à la fois volontaire et fatale», «vivifie ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il touche», et, poète voyant par excellence, traducteur de la nature, il révèle au monde «le sens mystérieux des bruits universels»: «Toutes les cordes de cette lyre vibrent à l’unisson.»5

Néanmoins, pour admirer Hugo, Leconte de Lisle ne s’en détache pas moins sur les plans philosophique et esthétique. Ainsi, l’engagement politique et social de Hugo lui paraît incompatible avec les exigences de l’art, dévoyé lorsqu’il est asservi au vrai. Pour Leconte de Lisle, le beau n’a d’autre fin que lui-même, «il contient la vérité divine et humaine», et la poésie, ainsi érigée en véritable ascèse, exige le recours à l’impersonnalité. Mais en dépit de ces réticences, la grandeur de Hugo reste indubitable aux yeux de Leconte de Lisle: «Ceux qui l’ignorent et ceux qui la méconnaissent, s’ils existent, ne valent pas qu’on se préoccupe de leur incurie ou de leur obstruction mentale.»6

notes
1. Prononcé le 31 mars 1887.
2. Parue dans Le Nain jaune, revue à laquelle collaborait également Barbey d’Aurevilly.
3. Discours de réception à l’Académie française.
4. «Victor Hugo», «Les poètes contemporains».
5. Ibid.
6. Ibid.