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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Lamartine
 

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Adoussissez votre palette; l’imagination comme la lyre, doit caresser l’esprit; vous frappez trop fort.

Lamartine, lettre à Hugo du 8 juin 1823, à propos de Han d’Islande

Tous deux furent rivaux sans le savoir en proposant, au concours ouvert par la prestigieuse Académie des Jeux floraux de Toulouse, une Ode sur le rétablissement de la statue de Henri IV; c’est finalement Hugo qui sera distingué1. Dès 1820, ce dernier est enthousiasmé par les Méditations poétiques de Lamartine, et il leur consacre un article du Conservateur littéraire, dans lequel, gardant l’anonymat, il exhorte son aîné de douze ans par un «Courage, jeune homme»2. Quant à Lamartine, il reconnaît en Hugo les caractéristiques du génie, mais manifeste néanmoins une certaine réticence face à son romantisme, qui l’effraie par son radicalisme et ses excentricités.

Dès 1823, il juge Han d’Islande trop «terrible»3 et, en 1826 à la publication des Ballades, il écrit à Hugo: «Ne cherchez pas l’originalité ! Puisque vous êtes né original ! Laissez cela aux imitateurs. C’est leur seule ressource. Visez au simple plus qu’au sublime et vous serez plus sublime encore.»4 Ici s’expriment déjà les constantes de la critique de Lamartine5. Sa vision, par bien des aspects, rejoint celle des détracteurs de Hugo, partisans d’une esthétique plus modérée, sinon classique.

Si Lamartine s’avoue incapable de comprendre le drame hugolien, sa préférence allant au théâtre de Ponsard, l’œuvre romanesque ne remporte pas davantage son adhésion: Notre-Dame de Paris est certes une «œuvre colossale, une pierre antédiluvienne»6, mais elle reste immorale par son absence de religion. À la publication des Misérables, Lamartine prend ses distances encore plus nettement. Et dans ses Considérations sur un chef-d’œuvre ou le Danger du génie, il en condamne les «impuretés de langue», «le cynisme de la démagogie», les «saletés de goût», la fureur du «socialisme égalitaire»: «En résumé, Les Misérables sont un sublime talent, une honnête intention et un livre très dangereux de deux manières: non seulement parce qu’il fait trop craindre aux heureux, mais parce qu’il fait trop espérer aux malheureux.» Hugo notera à la suite de cette critique: «Je n’ai lu qu’aujourd’hui le travail de Lamartine sur Les Misérables. Cela pourrait s’appeler: Essai de morsure par un cygne.»7

notes
1. Il obtient la première récompense, le «lys d’or», à l’unanimité, en mars 1819.
2. Anecdote rapportée par Cécile Daubrey dans Victor Hugo et ses correspondants, Albin Michel, Paris, 1947.
3. Lettre à Hugo du 8 juin 1823.
4. Lettre à Hugo du 29 décembre 1826.
5. Elle est formulée de manière plus explicite encore dans une lettre à M. de Virieu, d’août 1829, auquel il annonce l’envoi de vers nouvellement composés: «Ne t’alarme point, ce n’est pas du romantisme à la Hugo, c’est quelque chose de plus vrai, de plus dénué d’affectation, de couleur et de style.»
6. Lettre à Hugo du 1er juillet 1831.
7. Carnet en date du 26 avril 1863.