
Hugo m’aimait assez et me laissait asseoir comme un page familier sur les marches de son trône féodal. Gautier, Victor Hugo La rencontre avec Hugo, le 27 juin 1827, quelques mois avant la première d’Hernani – qui consacre le fameux gilet rouge –, inaugure la vocation littéraire de Gautier, qui se destine alors à la peinture. Celui qui se présente comme «le page romantique» de Hugo, «le plus humble de [ses] disciples», se signale entre tous par son admiration indéfectible envers «le Poète souverain», «le maître suprême, le dieu de la poésie». Ses premiers poèmes sont placés sous l’égide de Hugo1.Poésie, prose, théâtre, rien n’entrave la vénération de Gautier. Ainsi en 1867, lors de la reprise d’Hernani à la Comédie-Française, Gautier, alors critique officiel du gouvernement, sommé de censurer son article, dithyrambique, met en jeu sa démission. La même année, chargé par Napoléon iii de rédiger un Rapport sur le progrès des lettres depuis vingt-cinq ans, il n’hésite pas à prodiguer force louanges à l’auteur de Napoléon le Petit et de La Légende des siècles. C’est que pour Gautier, même s’il est convaincu de l’inutilité du politique dans l’art, Hugo incarne la quête du beau et de la liberté. Il est celui qui révèle la «contre-culture» du grotesque, développée par Gautier dans un de ses recueils2, mais surtout, celui qui fait du romantisme une vraie révolution poétique. Hugo assouplit le vers en véritable orfèvre, le dépouille de son caractère artificiel, et donne ainsi à sa poésie, comme à sa prose théâtrale et romanesque, vigueur et relief, la rendant capable d’exprimer une variété de tons infinie: «Jamais le clavier poétique n’a été parcouru par une main plus légère et plus puissante.»3 Le pouvoir d’évocation de sa poésie, son talent descriptif inégalé sont liés à son «génie essentiellement plastique»4. Gautier rend aussi hommage au Hugo rénovateur du théâtre, en particulier à travers Hernani, qu’il considère comme son chef-d’œuvre5. C’est d’ailleurs sur un compte rendu de ce drame que s’achève son œuvre, en 1872.
1. «Pour me refaire au grand et me rélargir l’âme, / Ton livre dans ma poche, aux tours de Notre-Dame, / Je suis allé souvent, Victor…» 2. (Annales romantiques) 2. Les Grotesques. 3. Victor Hugo. 4. Ibid. 5. «La franchise de Molière, la grandeur de Corneille, l’imagination de Shakespeare, fondues au creuset d’Hugo, forment […] un airain de Corinthe, supérieur à tous les métaux.» | ||||
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