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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Dumas
 

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À quand donc Les Contemplations? Je les attends comme un rayon et comme un souffle.

Dumas, lettre à Hugo du 5 janvier 1856

La carrière de Dumas se déroule parallèlement à celle de Hugo: tous deux explorent la même veine historique et sont animés par une commune volonté de rénover un théâtre qui s’essouffle en imposant le drame sur scène, le premier avec Henri III et sa Cour, le second avec Cromwell et Hernani.

Certes, les rivalités littéraires, alimentées entre autres par Sainte-Beuve, ternissent quelque peu cette entente, mais, lorsqu’en 1831, lors de la création de Marion de Lorme, Hugo est accusé de plagier Antony, de Dumas, ce dernier s’empresse de publier un démenti dans la Revue des Deux-Mondes. Malgré ces brouilles épisodiques, Dumas donne de leur relation, dans ses Mémoires ou encore dans une lettre à Hugo datée de 1854, une image idyllique, peut-être même fantaisiste: «J’ai embrassé d’un coup d’œil vingt-cinq années de notre vie, écoulées sans un trouble dans notre amitié, sans un nuage dans nos cœurs. Je me suis reproché d’avoir été deux ou trois ans sans vous écrire et sans vous dire combien je vous aime.» Tous deux œuvrent pour la même cause et collaborent à maintes reprises. Ainsi, la Christine de Dumas pourra être montée en 1830 grâce à l’intervention de Hugo et de Vigny, qui remanient la pièce in extremis avant sa création.

Hugo alors en exil reçoit le soutien de Dumas, qui admire son engagement politique et qui, en 1852, lors de son voyage à Turin, emporte dans ses bagages plusieurs exemplaires de Napoléon le Petit: «J’ai placé tous les livres de notre grand et bien-aimé Victor de manière à faire fructifier la parole sainte. […] Tout le monde a été ravi, transporté. […] Quel succès et quel effet prodigieux !»1

En dépit de la distance, leurs relations restent suivies; Dumas témoigne d’une préoccupation constante pour le sort du proscrit et s’enquiert de son activité littéraire. Le 24 avril 1856, il accueille avec enthousiasme Les Contemplations, et le génie exilé est aussitôt intronisé: «Je vous salue comme une Majesté, je vous embrasse comme un frère, et je vous remercie d’être si grand, là-bas, quand nous sommes si petits, ici.»

note
1. Lettre à Noël Parfait de septembre 1852.