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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Chateaubriand
 

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J’ai retrouvé, Monsieur, dans votre ode sur Quiberon le talent que j’ai remarqué dans les autres pour la poésie lyrique: elle est de plus extrêmement touchante et elle m’a fait pleurer.

Réponse de Chateaubriand à l’envoi par Hugo, en 1821, de son ode sur Quiberon

Selon une légende tenace, les relations entre Hugo et Chateaubriand sont figées dans une admiration inconditionnelle et réciproque, faisant du premier un brillant disciple du second. Ainsi, Adèle Hugo rapporte, dans son Victor Hugo raconté, que le jeune Victor, alors âgé de quatorze ans, aurait écrit en 1816 dans ses cahiers d’écolier: «Je veux être Chateaubriand ou rien»1. L’illustre aîné, érigé en souverain modèle incarnant la modernité littéraire, aurait surnommé son jeune admirateur l’«enfant sublime»2, suite à l’Ode sur la mort du Duc de Berry, dans laquelle son influence se fait nettement sentir. Cette ode est publiée en 1820 dans la revue fondée par Hugo et ses frères en 1819 et intitulée Le Conservateur littéraire en hommage à Chateaubriand et à son journal3.

En 1824, Hugo consacre à Chateaubriand, disgracié et renvoyé du ministère des Affaires étrangères, une ode célébrant «le grand homme [qui] en souffrant s’élève au rang des justes»4. De son côté, Chateaubriand manifeste sa confiance et sa reconnaissance envers Hugo en lui proposant de l’accompagner en qualité de secrétaire dans ses ambassades à Berlin et à Londres, offres qu’il décline. Déjà en avril 1821, autre marque d’estime significative au moment de recevoir le titre de «maître ès Jeux floraux» par l’Académie de Toulouse, Chateaubriand avait sollicité le parrainage de Hugo, qui avait lui-même reçu cette distinction l’année précédente.

C’est à partir de 1830 que leurs relations se dégradent. Chateaubriand prend peut-être ombrage de la notoriété croissante de Hugo, érigé en maître de cette nouvelle génération romantique à laquelle il reproche son arrogance: «Je répudie cette génération d’écrivains. Je ne voudrais pas qu’on crût que j’ai engendré cette littérature subversive, cette littérature de barbares». Cette animosité ne l’empêche pas, en 1831, de distinguer élogieusement dans la préface de ses Études historiques, le désignant comme un «génie à part», celui qui reste à ses yeux le seul poète de la nouvelle génération digne de lui succéder.

notes
1. Adèle Hugo, Victor Hugo raconté.
2. Pierre Clarac, dans un ouvrage intitulé À la recherche de Chateaubriand (Nizet, Paris, 1975), signale que cette expression a été démentie par Chateaubriand lui-même dès sa prise de distance avec Hugo, à partir des années 1830. Il souligne par ailleurs que, contrairement à ce que l’on a longtemps pu penser, l’influence exercée par l’auteur d’Atala et du Génie du christianisme, mais aussi de nombreux articles polémiques, est davantage de nature politique que religieuse ou encore littéraire.
3. Le Conservateur est fondé par Chateaubriand en 1818 et interdit par la censure deux ans plus tard.
4. Odes et Ballades.