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Victor Hugo / Glossaire
 

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Voyages

Hugo n’était pas un grand voyageur.
Les globe-trotters du dix-neuvième siècle, pour se borner aux écrivains qui comptent, s’appellent Dumas, Gautier, Nerval, Flaubert, Mérimée, Balzac, Custine. Un voyageur, c’est quelqu’un qui va loin, en Russie, en Chine, en Amérique, en Afrique, qui a des aventures extraordinaires, qui risque la bourse et la vie, qui affrète des bateaux, comme Dumas ou comme Lamartine, qui s’installe longuement quelque part, comme George Sand. Hugo est fondamentalement un sédentaire.
Les voyages avait gâché son enfance. Trimbalé de Marseille en Corse et de Corse à l’île d’Elbe, il avait traversé les Alpes en plein hiver et descendu le redoutable Mont Cenis en traîneau, à l’âge de quatre ans. En Espagne, les Français qui l’entouraient crevaient de peur et se racontaient sans arrêt des histoires de brigands. L’horreur.
Après le voyage en Savoie, en 1825, Victor Hugo et sa femme ne voyagèrent plus jamais ensemble.
À partir de 1834, Hugo prit l’habitude de s’éloigner de Paris en compagnie de Juliette Drouet, avant ou après le 21 juillet, jour de la Saint-Victor, devenue une date pivot. C’était pour lui le moyen de passer un peu de temps avec Juliette, dont il était l’amant depuis le mois de février 1833, l’arrachant ainsi à la claustration qu’il lui imposait. Dès cette première excursion, qui ne dura que quelques jours, Hugo esquissa sur son carnet des paysages, dessina des marteaux de porte ou le papier peint de la chambre, recopia des épitaphes. Le voyage de plaisir camouflé en voyage d’étude devint d’année en année plus riche en réflexions et en sensations. Depuis 1825, Hugo était intervenu à plusieurs reprises pour dénoncer les dégradations des monuments anciens, qui souffraient des démolitions et des restaurations maladroites ou intempestives. En tant que membre du comité chargé par Guizot, ministre de l’Instruction publique, de veiller sur la conservation du patrimoine national, il aurait eu d’excellentes raisons pour se documenter et pour faire profiter le comité de ses enquêtes. Les professionnels, comme Vitet ou Mérimée, ne virent pas ces initiatives d’un très bon oeil, et limitèrent cette action.
Sans que les deux amants en eussent conscience, une tradition était née. Le hasard a voulu que le premier voyage, sans grand intérêt, précédât de quelques jours une grande excursion totalement imprévue. Juliette, prise à la gorge par ses créanciers, désespérée, avait pris la fuite en direction de la Bretagne, où habitait sa sœur. Hugo alla l’y retrouver le 8 août. Le long voyage, qui commença alors fut le prototype de tous ceux qui allaient suivre. Ils mirent quinze jours pour arriver à Versailles, après avoir exploré le sud de la Bretagne. La découverte des mégalithes de Carnac et de Lokmariaker fut pour Hugo une révélation.
De 1835 à 1840, il y eut chaque année un voyage, dans l’ouest et le nord de la France, en Belgique, dans l’est et dans le midi, en Allemagne. Hugo songeait à publier son «journal» de voyage et écrivait des lettres de plus en plus techniques, au point qu’Adèle se plaignit. Il n’y avait plus de place, disait-elle, pour l’intimité. La tradition s’effilocha. Juliette se plaignait de partager de moins en moins sa vie. Soudainement, en 1843, alors que toute la famille était partie pour le Havre, où résidait Léopoldine, nouvellement mariée, Hugo décida de partir vers le sud-est, le 18 juillet. C’était la première atteinte au rituel de la Saint-Victor.
Les trois points forts de ce voyage sont le séjour en Espagne, dans le village basque de Pasajes, le séjour à Cauterets, pour une cure thermale, et, le 9 septembre, sur le chemin du retour, la lecture d’un journal qui lui apprend que Léopoldine et son mari se sont noyés, accidentellement, dans la Seine. À partir de cette date, plus de voyage traditionnel, mais de petites excursions, dans le Gâtinais, en octobre 1843, quelques jours en Normandie en 1847, Puis ce fut l’exil.
Après dix ans passés dans les îles anglo-normandes, Hugo éprouva de nouveau en 1861 le désir de voyager avec Juliette. La justification de ces premières vacances sur le continent fut le besoin qu’il éprouva de se documenter, pour Les Misérables, sur la bataille de Waterloo. Après un séjour prolongé à Mont-Saint-Jean, il reprit ses habitudes d’antan et visita pendant un bon mois la Hollande et quelques villes belges. De 1862 à 1865, dans leurs voyages en Belgique, en Allemagne et au Luxembourg, les deux voyageurs furent parfois accompagnés, pour une partie du trajet, par un des deux fils Hugo, ou par les deux, et par des amis très proches, comme Paul Meurice. En 1867, un voyage en Zélande, en compagnie des deux fils et de plusieurs amis se termina dans une ville d’eaux, où Juliette servit de lectrice à Adèle, presque aveugle. Après la mort, l’année suivante, de Madame Victor Hugo, il n’y eut plus guère qu’un voyage en Suisse, en 1869, à l’occasion du Congrès de la paix, et une excursion dans la vallée du Rhin.
Après les pérégrinations imposées par les bouleversements politiques de 1870-1871 (Bordeaux, Bruxelles, le Luxembourg), Hugo s’installa à Paris. Il fit trois fois le voyage de Guernesey, en 1872-1873, en 1875 et en 1878 et quitta Paris pour la dernière fois, en septembre 1884. C’était pour se rendre dans la maison de Paul Meurice, à Veules-les-Roses.