Jersey
Jersey est une île mythique. À son arrivée, Hugo croyait
quon y parlait français. Il crut aussi à un printemps perpétuel,
à une idylle de la nature. Cest là quil écrivit
«Pasteurs et troupeaux».
Avec lhiver, il fit connaissance avec les
colères de locéan. Il habitait une maison hantée,
«Marine Terrace». Les tables y parlaient ! lesprit y soufflait ! Il découvrit des lieux qui devinrent pour lui des foyers de la création
poétique, le dolmen de Rozel, où il écouta «ce que
dit la bouche dombre», le phare de la Corbière.
Cent poèmes destinés à Châtiments,
aux Contemplations, ou mis de côté pour plus tard éclorent
dans cette île de tous les souffles. Cest là quil écrivit
une grande partie de La Fin de Satan, jamais achevée ; là quil
commença à accumuler les fragments de ce qui aurait dû être
son poème le plus ambitieux, Dieu.
Jersey, lieu dexil, est celui où
la colère contre les hommes lâches et cruels sapaise et où
la poésie renaît du spectacle dune nature intransigeante.