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Victor Hugo / Glossaire
 

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Dessin

Victor Hugo a conquis une place parmi les grands dessinateurs. De son vivant, ses amis, déjà, se disputaient ses dessins dont Théophile Gautier avait pressenti qu’ils ne ressemblaient à rien d’autre. Sa cote, depuis qu’Henri Focillon l’a redécouvert, n’a fait que monter.
Hugo lui-même n’aurait peut-être pas trop aimé que l’on utilisât, à propos des dessins, l’expression «œuvre graphique». Il y tenait cependant assez pour que, dans le testament du 31 août 1881, par lequel il donne à la Bibliothèque Nationale de Paris ses «manuscrits», il précise que ce terme inclut «tout ce qui sera trouvé écrit ou dessiné par moi».
Quand Hugo dessine, au crayon, ou à la plume, et qu’il aborde, sans doute vers la fin des années 40, le lavis, il évite prudemment les sujets dont il n’a pas acquis, dans l’enfance, la technique. Démuni, à la différence de sa femme, devant le portrait, il s’arrange pour contourner les difficultés plutôt que de les affronter.
Hugo a su faire de nécessité vertu et utiliser ses carences. Il se montre doué pour la caricature et le personnage de fantaisie, allant parfois jusqu’à faire des profils, que l’on estime «ressemblants». Il sait aussi utiliser, dans ses dessins de personnages comme dans son écriture, de subtils «collages» qui ne laissent pas de traces. Telle gravure de Delacroix peut l’avoir aidé à dessiner le contour d’une hanche.
L’activité graphique de Hugo est intermittente. Il dessine aussi en voyage, et, surtout dans l’exil, envoie ce que Pierre Georgel a appelé des «cartes de visite», dans lesquelles son nom ou ses initiales, ornées et enluminées, portent à tel ou tel ami très proche ses vœux de bonne année. Il envoie aussi, pour accompagner ses parutions, des «premières pages» qui sont de merveilleux frontispices.
Nos contemporains, à l’affût de tout ce qui pourrait préfigurer notre présent, même si ce présent est déjà plus qu’un peu passé, ont découvert avec délectation des lavis de Victor Hugo qui allaient dans le sens de l’informel et de l’aléatoire. C’est en effet une des grandes innovations de Victor Hugo d’avoir essayé de créer, au hasard des barbes de la plume ou des étalements de l’encre et de l’eau, des «paysages» fugitifs, que les mots s’efforçaient, par ailleurs, de cerner. Il ne s’agit pas d’illustration. Les dessins sont une des modalités de la présence au monde, non une représentation. La volonté créatrice s’y abîme.
La tendance qui consiste à privilégier le dessinateur aux dépens de l’écrivain est facile à comprendre. La lecture est un exercice solitaire et exigeant. La visite d’une exposition de dessins est une des modalités de la sociabilité. Pour les marchands et les collectionneurs, le dessin représente un capital appréciable et apprécié. Pour beaucoup d’autres (il convient naturellement de faire quelques exceptions très respectables) c’est une manière de marginaliser un écrivain qui les dérange, et de remplacer la lecture par des clichés. Une offensive sournoise contre les acquis culturels du dix-neuvième siècle se nourrit de ces révisionnismes-là, qui favorisent l’illettrisme mondain.
Les dessins et lavis de Victor Hugo sont l’œuvre d’un écrivain que son immense labeur n’a pas empêché de donner libre cours à un véritable talent artistique. Ils participent, à leur place, à une visée et une vision cohérentes.