«Choses vues»
On a découvert que Victor Hugo était, dans ses meilleurs moments,
un excellent journaliste. Doù la vogue de ce quon appelle
les «choses vues». On y trouve, dit-on, quelques-uns des plus
beaux textes de Victor Hugo.
Parler de «lauteur des Choses vues» est une de ces galéjades qui ont la vie dure. Le titre lui-même
désigne une compilation posthume devenue, au fil des ans, une espèce
de monstre à géométrie variable fait de bric et de broc.
Les ficelles les plus grosses sont parfois les meilleures. Victor Hugo se trouve
ainsi, par la grâce de bons samaritains attachés à le sauver,
ramené à un pourvoyeur danecdotes et à un témoin.
Et de citer telle conversation futile attrapée dans un salon où
se trouvait Hugo, et de rabaisser Les Misérables, quil était
au même moment en train décrire. Ces petites roueries, qui
masquent mal de grosses ignorances, font partie de la stratégie dune
société dencouragement à la paresse. Il est tout
à fait vrai quil y a, dans les masses de papiers que Hugo a laissées
après sa mort, des récits sublimes, comme celui de la mort de
Balzac ou de la visite à Villemain. Et beaucoup dautres, beaucoup
mieux connus que lon affecte de le croire. Si Hugo devait être célébré,
en cette année du bicentenaire, en tant qu«auteur des Choses
vues», ce serait la preuve que nos intellectuels sont incapables de combler
lattente de millions de lecteurs, qui demandent une autre nourriture.