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Victor Hugo / Glossaire
 

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Amis

Il disait : — J’aime un homme plus longtemps qu’une femme. Cela s’use moins vite : il y a moins de frottement.
Bien que Hugo ne prenne pas cette phrase à son compte, je la tiens pour autre chose qu’un bon mot. Elle est difficilement datable, mais on pense instinctivement à Sainte-Beuve, avec qui Hugo a été lié d’une amitié si intense et si aveugle qu’elle semble avoir été la première et la seule.
Les amours de Sainte-Beuve et de Madame Victor Hugo ont eu des conséquences délétères, mais il serait imprudent d’en dire plus. Très tôt, il y a eu, de Sainte-Beuve à Hugo, jalousie. La jalousie du faible envers le fort, celle d’avoir à reconnaître un maître et de s’y complaire. Toute sa vie, Hugo a suscité de telles haines et les a éprouvées comme des trahisons, ce qu’elles étaient. Avec Sainte-Beuve, il finit par comprendre. Mais il avait trop besoin d’un ami pour voir clair dans son jeu. Longtemps, il s’aveugla, et crut ou affecta de croire que Sainte-Beuve lui était favorable. On croirait qu’il ne sait plus lire. Il ne voit pas ni les piques ni les perfidies, et les «réserves» lui paraissent des signes d’honnêteté. Il n’a jamais compris que Sainte-Beuve avait toujours été réticent sur ce qui comptait le plus pour lui : la révolution poétique.
À partir de 1830, il n’eut plus d’amis de son âge. La camaraderie de Dumas connut des hauts et des bas, sans qu’il y eût jamais de vraie intimité. Pour ceux qu’il aimait, il était à peu près sans reproche. Il pardonna tout à Gautier, qui s’était plus qu’un peu prostitué sous le Second Empire.
Des gens beaucoup plus jeunes furent très proches de lui : Auguste Vacquerie qu’il considéra comme un troisième fils, un peu moins lorsqu’il devint, pendant l’exil, le troisième fils de Madame Hugo. Paul Meurice, ami de collège de Vacquerie, fut totalement dévoué à Hugo bien qu’il eût sa carrière à mener et qu’il fut en mesure de le faire. Sans la moindre trace de jalousie envers le maître, il devint, pendant l’exil, son factotum, le seul qui fût au courant de ses finances et même, jusqu’à un certain point, de ses amours.
Très entouré dans ses dernières années, Hugo affecta de se contenter d’une cour en laquelle il n’avait pas même besoin d’avoir confiance. Meurice lui resta indéfectiblement fidèle et fit tout ce qui était en son pouvoir pour pérenniser l’œuvre et l’image de celui qu’il avait si bien servi de son vivant.